Archives mensuelles : octobre 2013

Digicel stars : quand le capital prime sur la liberte d’expression

digicel starsLa logique capitaliste veut que la seule morale soit le profit. Les initiatives des entreprises sont souvent honteusement calculées en fonction du dividende qu’elles vont en tirer en aval. Le profit n’est pas exclusivement financier. Celui-ci peut prendre des formes beaucoup plus subtiles comme la réputation par exemple. Sachant que certains clients sont plus prompts à s’engager avec une entreprise réputée morale qu’avec une autre aussi perverse, mais moins pressée à s’ACHETER une conduite.

Ainsi, certaines grandes entreprises engrangeant des millions de dollars en Haïti se voient contraintes d’enjoliver leurs images en investissant une infime partie de leurs bénéfices dans des activités humanitaires et/ou sociales. Alors que d’autres, plus malin, feignent l’humanitaire ou le social pour entreprendre de véritables activités parallèles qui vont à leurs tours les permettre d’amasser considérablement d’argent par rapport à leurs activités principales. La compagnie de téléphonie mobile DIGICEL combine les deux techniques.

Parmi leurs nombreuses activités, consistant à construire des écoles, sponsoriser le football ou les groupes musicaux avec la Fondation éponyme, ils ont entrepris avec Digicel Stars, un concours de vote/talent plébiscité partout à travers le pays pour mettre, disent-ils, en valeur le talent des Haïtiens. Chaque année, de jeunes Haïtiens, ennes, sont invités à y participer en faisant valoir moins leurs aptitudes à chanter que leurs capacités à réunir le plus de votes possible pour passer les semaines et éventuellement gagner le concours. La Digicel s’associe à plusieurs autres groupes à titre de sponsors comme le fabricant de smartphones BlackBerry pour réaliser l’évènement. Je suis convaincu que les millions que rapportent les votes suffiraient à faire tourner le concours.

Mon propos ici n’est pas de critiquer l’initiative, qui de mon point de vue même en rapportant beaucoup d’argent tout en assurant un maximum de visibilité a la compagnie, n’est pas moins louable. Ce qui me choque et que je trouve particulièrement scandaleux, c’est que les chaînes de télévision nationales et locales soient contraintes par la compagnie de diffuser le programme gratuitement dès que la Digicel a préalablement un contrat de spot publicitaire avec elle. Ce faisant, ce sont les chaînes qui payent en sacrifiant des heures de leurs programmations pour diffuser le concours sans qu’elles n’aient rien à tirer en retour.

C’est d’autant plus révoltant quand on sait que les chaînes voulant garder une certaine indépendance et être objectives dans leur démarche qui est de servir la population sans les intoxiquer avec les propagandes pros ou contre le gouvernement existent presqu’exclusivement grâce aux spots commerciaux. En choisissant, comme certaines chaînes dans le sud du pays (Tele Caramel par exemple), de ne pas diffuser le programme gratuitement, ils s’exposent corollairement à ne pas voir leurs contrats renouvelés avec la compagnie. Chantage, non?

Que resterait-il d’heure de programmation dans nos télés indépendantes si chaque entité commerciale ayant un contrat de publicité avec elles décidait parallèlement de les contraindre à diffuser gratuitement leurs programmes respectifs ?

Poésie : la fièvre s’empare de la ville des Cayes

Le Collectif des slameurs du Sud sur sceneQuand la passion de l’écriture rencontre la détermination et l’amour de la scène, ça donne le “Collectif des slameurs du Sud”. Ils sont actifs depuis moins de 5 mois, mais ont, à eux seuls, redonné à la poésie ses lettres de noblesse dans la ville mythique et vivante qu’est “Les Cayes”.

L’idée leur est venue après un atelier de Slam organisé par l’Alliance française le 17 mai 2013 animé par Eliezer Clerisme dans le but d’initier les jeunes à ce qu’il appelle la “démocratisation de la poésie”. Entendez par là la possibilité donnée à chacun d’écrire sur son vécu, sur ce qui l’entoure avec imagination, harmonie et une simplicité qui enlève à l’auditeur (puisqu’on est slameur que sur scène) toute “gymnastique intellectuelle complexe” pour toucher du doigt les mots.

S’ils ont eu la chance de faire bonne figure à la FOKAL à Port au Prince, ça ne les empêche pas moins de remplir à deux reprises la salle polyvalente de l’AFC. Expérience qu’ils comptent par ailleurs renouveler avant la rentrée des classes avec un spectacle original mélangeant Slam et théâtre. Un cocktail savoureux qui ne manquera pas de plaire a leurs ‘fans-base’ en expansion vertigineuse.

Sommes-nous à l’aube d’une frénésie poétique qui s’emparera de tout le pays? Smarty, Celestin, Baggy, Frito et #wid ont montré la voie, croisons les doigts et espérons.

Quelle politique face à la souffrance et l’indignité ?

TKevin Carter Prix pulitzeroute politique non fondée sur l’humain, le respect de la dignité et l’espoir, que dis-je, le combat pour une vie meilleure de chaque citoyen est tout, sauf une politique juste. J’ai récemment lu dans le numéro 1192 de “Courrier international” le tollé qu’a fait la “loi sur la sécurité alimentaire” se proposant de garantir à plus de 800 millions d’Indiens l’accès aux denrées de base à prix subventionné.

Une grande partie de l’élite avide les yeux moins rivés sur la souffrance et la détresse d’une grande partie de la population que sur ses bilans comptables a crié haro sur ladite loi prétextant entre autres un risque d’aggravation du déficit budgétaire.

C’est ce qui arrive quand la politique est l’apanage de technocrates, d’économistes impitoyables et de privilégiés inhumains qui perdent de vue le vrai but de l’institution étatique qui est de favoriser la justice sociale et la (re) distribution des richesses. On peut dépenser pour la défense, les escalades belliqueuses au mépris de la souveraineté des États du monde, les pérégrinations et séjours en famille dans les hôtels de luxe sur le dos du contribuable (plus près de nous), mais c’est risqué de faire plonger les chiffres par le bas quand il s’agit d’améliorer la vie de millions de gens croupissant dans l’indigence.

Qu’on ne voit pas dans ce texte un acquiescement aux programmes suintant le populisme et l’assistanat que vend l’actuel gouvernement (Ti manman chéri, Ti papi chéri et compagnie). Je l’ai toujours soutenu et je tacherai d’être cohérent là dessus : “Ce n’est pas à coup de 1500 gourdes par mois à moins de 40 000 mères dans un pays de plus de 10 millions d’habitants que vous améliorerez la vie de nos familles. De tels projets, s’ils soulagent certains, frustreront la majorité tout en laissant irrésolu le vrai problème qui est la “pauvreté extrême”. Problème fort complexe qu’il faut aborder avec des solutions sérieuses à court/long terme.

En ce qui a trait au fameux Kore Etidyan, dont par éthique je dois préciser en être bénéficiaire, je crois que chacun sait le passé bruyant et subversif de nos étudiants expliquant la bienveillance anticipatrice et annihilante de nos dirigeants.

Nos leaders ne peuvent plus continuer à vivre dans une tour d’ivoire, dans leurs discours étriqués et formules soporifiques au mépris de la souffrance et l’indignité réelle dans lesquelles végète la population. Comme le disait Harish Khare : « Le projet étatique est un pacte social fondé sur la promesse de l’égalité pour tous ».