Archives mensuelles : mai 2014

Aide externe à Haïti : plaidoyer pour un nouveau séisme

Aide a haitiDans la société contemporaine, l’ordinaire n’a pas sa place. Les faux-semblants, le paraître, l’hypocrisie dament au quotidien la place à la raison, à l’empathie désintéressée et à l’humanité tout court. Je me suis abstenu de commenter le déferlement de soutien qui a suivi l’acte ignoble et barbare des « seigneurs » de « Boko Haram« . Des seigneurs somme toute pas si différents de ceux qui sévissent à la tête de nombreux Etats en Afrique et dans le monde. Sauf que, empêtrés que nous sommes dans nos simulations et simagrées, nous avons la vision sélective.

Cela dit, la bienveillance, engendrée par le séisme du 12 janvier 2010 passée, 4 ans après, comme un gigantesque bâtiment construit sur du sable, se désagrège. Le soutien financier se raréfie. Ce qui pour moi n’est pas un scoop. Par contre, la pagaille que la nouvelle semble avoir semée dans les fiches du ministère de l’Économie et des Finances a de quoi susciter l’hilarité.

Haïti est une « République réceptacle béant » où les grandes puissances déversent chaque année une aide dont les chiffres monstres font l’effet d’un éléphant assis sur une fourmi à côté des réalisations qui en découlent. L’histoire a déjà prouvé que sans coordination réfléchie et la participation effective de la population, amenez Bill Clinton ou laissez la bande de politiciens traditionnels, la plupart, à gage polluant les boulevards du pouvoir à la recherche de maigres débouchés, les milliards accordés à Haïti ne serviront a rien. Sinon qu’a alléger le sommeil de ce richissime entrepreneur de Wall Street qui au détour d’un dîner de charité se fera une bonne conscience se targuant d’avoir servi à quelque chose.

Nous avons passé des décennies tout en bas du piédestal de l’AUTRE en quête de quelques égards afin de nous construire. Il est temps maintenant d’apprendre à compter sur NOUS même. Haïti ne se développera pas avec l’aide externe. La communauté internationale à l’indignation sélective n’est elle pas sensible à la banalité de quotidien assoiffé de sang engloutissant nombre communautés à petit feu. Sachez-le ! Sinon, sur leurs chaînes TV, on verrait à côté d’un reportage sur #BringBackOurGirls un compte rendu sur les centaines d’Haïtiens coupeurs de canne qu’on estropie chaque année en République dominicaine, ces centaines de jeunes filles qu’on jette à l’aube de leur vie, sans éducation, à la merci des violeurs et marchands d’organes dans la domesticité, « restavek ».

Bref, messieurs, je vous fais une confidence. L’aide de la communauté internationale continuera d’aller en decrescendo. Commencez enfin par chercher en vous et pour vous la solution au marasme haïtien ou, au mieux, attendez que Dieu veuille bien nous gratifier d’un autre tremblement de terre. 

Widlore Merancourt

Haïti : ras-le-bol du double langage démagogique de l’opposition

Membre de l'opposition apprehendeFace au passé dictatorial macabre et ingrat que traîne Haïti, deux types de politiciens se sont dessinés au fil des péripéties de la démocratie encore chancelante, à ses premiers balbutiements, mais souvent étouffés dans un tohu-bohu d’intérêts divers et souvent contradictoires. 1

D’un côté, celui qui considère le passé comme un pivot pour construire un lendemain meilleur où l’humain sera la mesure de toute chose. Où personne ne sera inquiété pour ses opinions fussent-elles à contre-courant du chef de l’État. Où le mari ne sera plus jamais arraché de la couche encore chaude de sa femme pour être jeté dans la froidure intenable de Fort-Dimanche. Torturé, blessé, violé. Tout ceci, sans aucune forme de procès.

De l’autre côté, il y a celui qui instrumentalise le passé pour mieux l’asservir à ses pulsions de pouvoir aussi mortifères pour la jeune démocratie que pour la stabilité immédiate du pays. Ces brasseurs de vent, habiles au maniement des mots (maux), brandissent à un rythme insoutenable depuis 1986 à chaque peccadille le « spectre de la dictature ».

Je n’ai personnellement aucune affection particulière pour l’administration en place que je trouve par ailleurs, malgré la légère couche de bonne volonté vernissant sa surface fragile, moins prompte à hisser ses « réalisations concrètes » à la hauteur de ses « campagnes de propagande« . Ce qui m’écoeure c’est le degré d’hypocrisie de l’entité dénommée « opposition 2« , pilier de toute démocratie dans ses prises de position face au pouvoir.

 Vle pa vle, fòl ale 3

Il est de bon ton et de bon sens de ne pas vouloir une chose et son contraire à la fois. L’opposition plaide pour la stabilité des institutions du pays, mais ne s’empêche pas de militer sur le terrain pour la déstabilisation du premier gage de stabilité démocratique qui est l’alternance périodique aux postes électifs. Selon la constitution haïtienne, le président est élu pour 5 ans. Point. Les quelques hésitations et emmêlages de pinceau du président au regard de la conjoncture ne justifieraient pas qu’on plonge le pays dans le chaos pour le plaisir de donner une leçon à quelqu’un qui à lui seul symbolise l’échec de la classe politique haïtienne gérontocrate, étriquée et rétrograde.

Arrestation illégale

La loi est une pour tous. Nul n’est au-dessus de la loi psalmodient-ils à longueur de journée sur nos ondes. Mais, semble-t-il que cette loi devrait être impartiale seulement quand il s’agit de leurs opposants. À chaque militant politique arrêté, la meute se lance, le message préparé d’avance: arrestation politique, oppression et patati et patata.

Bien que le président a fait montre d’un penchant inquiétant pour le totalitarisme, rien n’oblige nos chers politiciens à avoir si peu de foi dans une justice qu’ils ont grandement contribué à construire. En Haïti, à la différence de nombreux pays, un certain degré de transparence dans les procès et le respect de certaines normes universellement admises rendent plus facile la défense d’un accusé. Et ce, c’est sans compter les pressions de la communauté internationale, des organismes de défense des droits de l’homme et de la société civile plus ou moins bien informée par une presse qui, jusqu’à preuve du contraire, asservit telle entité au détriment d’une autre pour ses propres mesquineries pécuniaires, mais non par une répression systématique comme c’est le cas dans certains pays dictatoriaux.

Les manifestations font partie de la vie démocratique. Elles ne doivent en rien servir de prétexte pour que des anarchistes détruisent sans la moindre décence ni retenue les biens publics et privés. Ceux qui se sont rendus coupables de tels actes doivent rendre compte devant la justice. Ça se passe ainsi dans tout pays civilisé.

Le jour où l’opposition haïtienne s’attardera au détour d’un de ses échecs pour réfléchir sur le sens profond de concepts comme, l’égalité, la justice, le bien commun, vivre ensemble dans la différence, le pays ne se portera que mieux et la saison des fleurs prendra vie sur la démocratie.

 

 

 1- Les opinions exprimées sur ce blog n’engagent que moi. Elles ne reflètent en rien la ligne éditoriale de la Télé Caramel.

 2- Je ne fais pas ici référence à une entité ou organisation politique particulière, mais plutôt l’opposition d’une manière générale telle qu’elle s’est toujours manifestée à moi. Donc, il faut enlever de ce groupe les partis ou collectifs œuvrant au respect des normes démocratiques et ne s’adonnant pas aux pratiques que je critique.

 3 -Du créole, cri de ralliement de manifestants lors des protestations : »De toute façon il doit s’en aller »

Taisez cette opinion que je ne saurais entendre

L’assistance, comme un acteur stoppé net en pleine action, transformé en statue, s’est figée. Une bonne dizaine d’yeux vifs, lançant des éclairs muets, le fixe avec gêne et stupéfaction. Une brume obscurcit son esprit. Le monde s’est arrêté. Rien ne bouge. Seul bruit perceptible. Le ronron du climatiseur déversant sur la salle un froid de pôle Nord. Il sent une sueur froide lui parcourir l’échine. Sans savoir pourquoi, sur l’écran plasma diffusant en boucle, le titre du spectacle de la soirée, il semble lire, ce qui est hautement improbable, ces mots de Kery James. « Les mots ont un poids. L’intelligence sert de balance. Pèse-les, analyse les causes et anticipe leurs conséquences ! »

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Lutte contre le racisme : une interview exclusive de Lilian Thuram

DSC05529 - Copy-001Voici la transcription intégrale de l’interview que j’ai réalisée avec Lilian Thuram vendredi 9 mai 2014 à Télé Caramel (sud d’Haïti) dans le cadre de la promotion de son livre : « Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama ». Continuer la lecture de Lutte contre le racisme : une interview exclusive de Lilian Thuram