Archives mensuelles : septembre 2014

La prostitution, métier ou esclavage ?

(c) theprisma.co.uk
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Une femme a un jour répliqué à Jean-Luc Mélenchon* qui se demandait si l’abolition de la prostitution était ou non une position juste : « Pour répondre à ta question, demande toi si tu proposerais la prostitution comme métier à ta compagne, ta mère, ou ta fille ? Oui ou non ? Pourquoi ce dont tu ne voudrais en aucun cas pour les tiens le proposerais tu aux autres ?

A la manière d’un politicien, j’ai longtemps enrichi mes propos de nuances et bâti des stratégies astucieuses pour ne pas avoir à me prononcer sur la prostitution. Ma retenue était aussi nourrie par le désir de ne pas changer d’avis si en aval, mes réflexions me conduisaient à prendre une position contraire. Craignant l’usure, j’ai toujours préservé jalousement mon « droit de me contredire ».

La repartie de cette dame a interpellé en moi des convictions aussi profondes que fondamentales. Non. Jamais je ne proposerais la prostitution à quiconque. Encore moins à mes proches. Non, définitivement pour moi, la prostitution ne peut être un métier « normal ».

Être amené a l’extrémité qui consiste à monnayer son corps est pour l’humaniste que je suis d’une violence insoutenable**. La détresse qui caractérise ces rapports sexuels « tarifés » exclut l’exercice de toute liberté. Des prostitués*** en situation économique délicate ne se tournent vers le plus vieux métier du monde que par la contrainte et l’échec d’un système politique qui n’a pas su leur offrir d’alternatives viables.

Que dire de celles ou de ceux qui s’y livrent par subversion ?

Certaines femmes, c’est d’ailleurs une thèse soutenue par quelques féministes, feraient de la prostitution pour se rebeller. Prendre leurs revanches sur une société policée contraignant la femme dans ses choix même les plus intimes. De là, je me demande comment peut-on rester maître de son corps tout monnayant son usage ? En quoi est-ce que l’objetisation du corps humain en « gadget sexuel » est-elle conforme à l’idéal d’émancipation féministe ?

On se targue souvent d’être libre quand les ficelles de nos actions sont invisiblement tirées par des mécanismes complexes qui nous échappent. On pétarade de la possession d’un vent. Comme l’a dit le poète Souleymane Diamanka, faire l’amour, c’est ne plus ressentir la différence entre donner et prendre du plaisir. Dans la prostitution il n’y a pas cet aller-retour. Il n’y a qu’égoïsme et traumatisme contre argent. Peut-on en toute bonne foi appeler cela travailler ?

* Personnage politique français
** J’aurai à clarifier ma pensée prochainement, notamment en ce qui consiste à savoir s’il faut ou non protéger les dits travailleurs (ses) du sexe.
*** Homme ou femme

Noces mortelles

(c) voxfnredekker.com
(c) voxfnredekker.com

La salle est pleine. Bondée de gens. Ma famille, sa famille, des amis et surtout des inconnus. Leurs visages, partagés entre la gravité du moment et la joie de rigueur confèrent à l’événement une allure funeste. Un pas après l’autre, je marche, titube dans les bras de mon père vers la fin de ma jeunesse. Vers ma fin.

Á l’autre bout de cette ruelle sans fin, il est là. Immobile, le visage trop jeune pour cacher son inquiétude. En vérité, aucun d’entre nous n’a envie d’être là. Dans le silence des désirs inavoués, la voix ajoute au manque. L’exacerbe. Ni lui, ni moi ne voulons de cette destinée. Mais qu’est-ce la volonté devant la violence des conventions sociales ?

Doucement, il me prend la main. Comme ces dizaines de fois où, dans le plus grand secret, il m’emmenait sur la plage. Les cheveux dans le vent, du sable dans nos rêves, on s’aimait dans l’innocence. Juste pour le plaisir d’être aux yeux de l’autre. Nos baisers étaient aussi profonds que le bleu de la mer. Nos caresses épousaient le mouvement houleux des vagues. Doucement, lentement, on s’était laissé aller. Jusqu’à il y a quatre mois. Quand j’ai ratée mon rendez vous mensuel. J’ai tout de suite su que plus rien ne sera comme avant.

Dans ses bras, je vacille. De grosses gouttes de larmes perlent sur mes joues joufflues. Allons-nous d’ici ai-je envie de lui crier. Qu’y a t-il de plus honteux entre refuser d’assumer un fardeau trop grand pour ses frêles épaules et faire souffrir le martyr éternel à un innocent ? Où se trouve l’infamie ? Pourquoi ne puissions nous pas simplement… aimer ?

D’une mine résignée, le celebrant nous lance des regards coupables. Une cloche sonne. Chaque coup sourd vient se cogner avec violence dans ma tête. Je sens une rumeur derrière mon dos. La foule se soulève. Le prêtre lève les yeux vers ciel, étend son bras et égrène théâtralement les premiers mots du reste de ma sombre vie.

Monsieur le candidat, votre slogan me dérange

 

(c) europe1.fr
(c) europe1.fr

Les petites phrases ne sont jamais innocentes. Surtout pas en politique. Presque partout, à chaque période électorale, les aspirants au pouvoir mettent toute leur énergie à trouver comment percuter, rassembler. Certains sont inspirés. D’autres moins. Mais tous partagent la même envie : briguer le pouvoir. Pourquoi ? La réponse n’est pas si évidente que vous le croyez.

C’est ainsi qu’en Haïti, depuis la dernière présidentielle, un slogan semble avoir fait mouche : jèn* kore jèn. Se regroupent sous cette formule de jeunes candidats surfant sur le pourcentage non négligeable de l’électorat se situant entre 18 et 35 ans.

Seulement, ce cri de ralliement n’est pas de nature à plaire à tous. Surtout pas à moi, et ce, pour au moins trois raisons :

1- La politique et l’engagement citoyen sont l’affaire de tous. Jeune. Vieux. Noir. Blanc. Riche. Pauvre. Sectariser, c’est fractionner, opposer et exclure. Le discours politique pour moi est celui qui rassemble au-delà des apparences autour de l’idée, du projet de société. Il n’est pas question que mon jeune âge soit mon unique critère de vote.

2- Faire appel à la jeunesse c’est bien, mais faire appel à son esprit critique est encore mieux. Le faciès, le sexe, l’origine ou la condition économique ne détermine pas un candidat comme disent certains aînés. En plus, quand on est élu, on l’est pour l’ensemble du pays. Même engagé aux côtés d’une frange, l’intérêt général doit être la boussole. Hélas, la jeunesse est souvent l’argument palliatif à la vacuité des propositions concrètes et des projets de société.

3- Occuper un poste politique électif (président, sénateur, député, etc.) n’est pas se doter d’un job au sens classique du terme. La conception mercantile et corrompue que renvoie la classe dirigeante gérontocrate a fini par altérer le jugement des plus jeunes de la sphère du pouvoir qui, de l’extérieur, nourrit les fantasmes rampants de richesse et de mobilité économique.

Faire de la politique, c’est se mettre au service de sa communauté, de son pays, parfois, au détriment de ses propres intérêts. A trop vouloir devenir riche par tous les moyens, certains y ont laissé leur dignité, concept fort subtil pour quelques pro-fessionnels du milieu. Alors merci. Epargnez-moi donc ce raccourci sensationnaliste m’économisant toute pensée constructive. Je ne pousserai pas pépé dans les orties au profit de son sosie plus vorace.

Je suis jeune. Certes. Mais je ne vais pas voter jeune pour être en conformité avec ma condition. Aux commandes, vos idées, votre programme, votre vision du monde et de la moralité vont influer mon pays, ma jeunesse et ma vie. Les voilà mes critères. Convainquez-moi !

* « Les jeunes doivent se supporter » ou, les « jeunes votent jeune » pour certains

Haïti : chaleur tropicale et crème glacée à Camp Perrin

Préciser les contours encore flous du développement durable en Haïti exige qu’on s’attelle aussi bien aux grands chantiers qu’à ceux de proximité, par et pour les communautés réduites. Une façon de procéder que l’association franco-haïtienne, Haïti Futur, a adoptée et qui aujourd’hui porte ses fruits avec la mise sur pied à Camp Perrin d’une fabrique artisanale de crème glacée.

A quelques kilomètres de la ville des Cayes (Sud du pays), si la matière première se trouvait sur place, 20 000 $ et plusieurs mois de travail ont été nécessaires pour concrétiser ce projet ayant mobilisé des compétences locales et internationales.

La formation du personnel a été un point essentiel du projet. Ainsi, c’est Didier Stephan, meilleur ouvrier de France,  en personne, qu’ Haiti Futur a fait venir de l’Hexagone,  pour s’occuper de la formation d’une dizaine de recrutés locaux.

Résultat, de savoureuses recettes aux saveurs locales : pistache, vanille, chocolat, corossol, croquant cacahuète, mangue ou encore cerise péyi. En plus, les glaces sont distribuées dans de petits pots biodégradables ; seulement dans le département pour le moment. Par ailleurs, le ministre de l’Éducation nationale Nesmy Manigat, voudrait recommander de distribuer ces glaces aux cantines scolaires.

Avec cette nouvelle entreprise, des emplois seront créés tout en promouvant la production locale. Tout ceci en accord avec la nouvelle orientation de l’administration en place. Haïti Futur a montré la voie, qui veut suivre ?

François Hollande n’est pas un marchand d’armes

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Il a tenu tête. Mais il a finalement cédé. Le président français François Hollande a décidé de surseoir à la livraison à la Russie de deux porte-avions de type Mistral. Cette nouvelle qui réjouit des alliés européens (la Pologne entre autres) et les États-Unis a provoqué assurément l’ire de Moscou et d’une partie de l’opposition française. Le Front de gauche a même publié un communiqué assassin : 1, 2 milliard d’euros ne devraient pas partir en fumée à cause d’un conflit ukrainien dont nous ne sommes acteurs que par notre alignement diplomatique sur les Etats-Unis, notre adhésion à l’Otan et le fait qu’on soit membre de l’Union européenne semble vouloir dire le parti de Jean-Luc Mélenchon.

Pour une fois, je vais faire une infidélité à mes sensibilités et soutenir le président français. Sans entrer dans les détails du conflit,  j’estime que la décision de M. Hollande est risquée, mais juste pour au moins deux raisons.

1- Depuis le début du conflit opposant la Russie à l’Ukraine, par ricochet, le Kremlin et les puissances occidentales avec un arrière goût rance de guerre froide, M. Hollande a choisi de faire front commun avec les Etats-Unis dont les tensions avec la Russie dépassent largement le cadre de l’Ukraine. Ainsi donc, en menaçant de ne pas livrer, le président français a choisi de mettre un terme (momentané) à un double langage qui consiste à s’insurger avec véhémence d’un côté contre les violations du droit international et de faire du business de l’autre avec l’instigateur de ces supposées violations.

2- Contrairement au Front de gauche, je ne pense pas que la France soit un marchand fiable d’équipement militaire. Elle ne devrait pas l’être. Ce grand pays ne peut se confiner au rôle de pourvoyeur d’armes à n’importe qui et quel que soit le contexte diplomatique. Il est astreint par sa place dans la lutte géopolitique au respect de ses valeurs et de ses lois en toute matière. Si j’ai des réserves sur les relations enflammées, tissées avec le voisin russe qui pourraient être, de mon point de vue, plus nuancées, la position choisie par François Hollande dans ce conflit rend inconfortable la livraison par la France de porte-avions.

Compte tenu de la situation  interne en France où la cote de popularité du président est au plus bas et de l’intransigeance du Kremlin, le pari est risqué. M. Hollande mise sur la bonne volonté de Poutine afin d’esquisser une réelle désescalade et créer du même coup un climat diplomatique favorable au règlement du contrat. Rien de moins sûr. Sans apaisement, même apparent, la France ne livrera pas et prêtera le flanc en ces temps de crise à des amendes pour se trouver au final avec deux joujoux en trop sur le bras. La situation n’est pas inédite. Il va falloir les trouver un preneur. Chose difficile, mais François Hollande a fait choix de la cohérence au lieu d’être un vulgaire marchand d’armes. S’agit-il d’un mauvais signal pour les affaires ? Evidemment !