Noces mortelles

(c) voxfnredekker.com
(c) voxfnredekker.com

La salle est pleine. Bondée de gens. Ma famille, sa famille, des amis et surtout des inconnus. Leurs visages, partagés entre la gravité du moment et la joie de rigueur confèrent à l’événement une allure funeste. Un pas après l’autre, je marche, titube dans les bras de mon père vers la fin de ma jeunesse. Vers ma fin.

Á l’autre bout de cette ruelle sans fin, il est là. Immobile, le visage trop jeune pour cacher son inquiétude. En vérité, aucun d’entre nous n’a envie d’être là. Dans le silence des désirs inavoués, la voix ajoute au manque. L’exacerbe. Ni lui, ni moi ne voulons de cette destinée. Mais qu’est-ce la volonté devant la violence des conventions sociales ?

Doucement, il me prend la main. Comme ces dizaines de fois où, dans le plus grand secret, il m’emmenait sur la plage. Les cheveux dans le vent, du sable dans nos rêves, on s’aimait dans l’innocence. Juste pour le plaisir d’être aux yeux de l’autre. Nos baisers étaient aussi profonds que le bleu de la mer. Nos caresses épousaient le mouvement houleux des vagues. Doucement, lentement, on s’était laissé aller. Jusqu’à il y a quatre mois. Quand j’ai ratée mon rendez vous mensuel. J’ai tout de suite su que plus rien ne sera comme avant.

Dans ses bras, je vacille. De grosses gouttes de larmes perlent sur mes joues joufflues. Allons-nous d’ici ai-je envie de lui crier. Qu’y a t-il de plus honteux entre refuser d’assumer un fardeau trop grand pour ses frêles épaules et faire souffrir le martyr éternel à un innocent ? Où se trouve l’infamie ? Pourquoi ne puissions nous pas simplement… aimer ?

D’une mine résignée, le celebrant nous lance des regards coupables. Une cloche sonne. Chaque coup sourd vient se cogner avec violence dans ma tête. Je sens une rumeur derrière mon dos. La foule se soulève. Le prêtre lève les yeux vers ciel, étend son bras et égrène théâtralement les premiers mots du reste de ma sombre vie.

The following two tabs change content below.
Widlore Mérancourt
Blogueur haïtien, bénévole, étudiant en sciences juridiques, présentateur télé.

3 réflexions au sujet de « Noces mortelles »

  1. J’adore Haïti j’ai était adopter en Haïti aussi dans la crèche la maison de l’espoire j’ai 11ans j’habite en France la Baule escoublack en France mes parents s’appelle Eric et Sylvie mes frères et soeurs s’appelle Adenor Telio Morgan Corentin Klervi et moi mes parents sont séparer notre père habite a nante et ma Mere habite la Baule.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.