La prostitution, métier ou esclavage ?

(c) theprisma.co.uk
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Une femme a un jour répliqué à Jean-Luc Mélenchon* qui se demandait si l’abolition de la prostitution était ou non une position juste : « Pour répondre à ta question, demande toi si tu proposerais la prostitution comme métier à ta compagne, ta mère, ou ta fille ? Oui ou non ? Pourquoi ce dont tu ne voudrais en aucun cas pour les tiens le proposerais tu aux autres ?

A la manière d’un politicien, j’ai longtemps enrichi mes propos de nuances et bâti des stratégies astucieuses pour ne pas avoir à me prononcer sur la prostitution. Ma retenue était aussi nourrie par le désir de ne pas changer d’avis si en aval, mes réflexions me conduisaient à prendre une position contraire. Craignant l’usure, j’ai toujours préservé jalousement mon « droit de me contredire ».

La repartie de cette dame a interpellé en moi des convictions aussi profondes que fondamentales. Non. Jamais je ne proposerais la prostitution à quiconque. Encore moins à mes proches. Non, définitivement pour moi, la prostitution ne peut être un métier « normal ».

Être amené a l’extrémité qui consiste à monnayer son corps est pour l’humaniste que je suis d’une violence insoutenable**. La détresse qui caractérise ces rapports sexuels « tarifés » exclut l’exercice de toute liberté. Des prostitués*** en situation économique délicate ne se tournent vers le plus vieux métier du monde que par la contrainte et l’échec d’un système politique qui n’a pas su leur offrir d’alternatives viables.

Que dire de celles ou de ceux qui s’y livrent par subversion ?

Certaines femmes, c’est d’ailleurs une thèse soutenue par quelques féministes, feraient de la prostitution pour se rebeller. Prendre leurs revanches sur une société policée contraignant la femme dans ses choix même les plus intimes. De là, je me demande comment peut-on rester maître de son corps tout monnayant son usage ? En quoi est-ce que l’objetisation du corps humain en « gadget sexuel » est-elle conforme à l’idéal d’émancipation féministe ?

On se targue souvent d’être libre quand les ficelles de nos actions sont invisiblement tirées par des mécanismes complexes qui nous échappent. On pétarade de la possession d’un vent. Comme l’a dit le poète Souleymane Diamanka, faire l’amour, c’est ne plus ressentir la différence entre donner et prendre du plaisir. Dans la prostitution il n’y a pas cet aller-retour. Il n’y a qu’égoïsme et traumatisme contre argent. Peut-on en toute bonne foi appeler cela travailler ?

* Personnage politique français
** J’aurai à clarifier ma pensée prochainement, notamment en ce qui consiste à savoir s’il faut ou non protéger les dits travailleurs (ses) du sexe.
*** Homme ou femme

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Widlore Mérancourt
Blogueur haïtien, bénévole, étudiant en sciences juridiques, présentateur télé.

4 réflexions au sujet de « La prostitution, métier ou esclavage ? »

  1. Si c’était aussi simple! 🙂
    La prostitution est vue de la même façon quand il s’agit d’un homme? Peut-elle seulement l’être? Et puis, quand tu dis : « Dans la prostitution il n’y a pas cet aller-retour [du plaisir]. Il n’y a qu’égoïsme et traumatisme contre argent. » Est-ce vraiment différent des autres métier? Tu crois vraiment que celui qui fait réparer sa voiture ou construire sa maison se pose la question du plaisir qu’ en prendrais le technicien?

    Loin de moi l’idée de prendre position pour la prostitution. Mais c’est une chose tellement complexe et large qu’on ne peut le considérer que cas par cas.

    1. Tilou. Pour moi, la difference de perception de la prostitution de l’homme ou de la femme n’est que culturelle. Celui qui repare une voiture peut-il seulement etre compare a quelqu’un qui se donne a l’autre contre de l’argent ? Ce n’est pas mon avis. En plus, pour moi, la prostitution ne peut pas etre un metier (normal). On ne fait pas commerce de son corps !!! C’est inconcevable. Le mecanicien fait commerce de son savoir faire, il ne s’aliene pas. Neanmoins, je suis tout a fait d’accord avec toi quand il s’agit de dire que le probleme est complexe !!! Mais, la base reste malheureusement la meme. Ne le penses tu pas ?

  2. Non. Malheureusement, non. Tu juges la chose avec émotion. C’est compréhensible. Mais ça pourrait aussi fausser ton jugement. « On ne fait pas commerce de son corps !!! C’est inconcevable. » D’accord, mais d’après qui? d’après quoi?
    « Je ne fais pas commerce de mon corps !!! C’est inconcevable. » est la seule conjugaison acceptable et à partir de la seule que doit commencer tout débat vraiment objectif et serein.

    1. C’est là qu’on est pas d’accord Tilou. Certains choix depassent le cadre de la volonté individuelle. Ils sont de nature à attaquer la société dans ses valeurs. Pour moi, on ne peut decider e se mettre en esvlavage. C’est inacceptable individuellement et collectivement.

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