Archives mensuelles : octobre 2014

Peuple, investissez vos tribunaux

(c) http://francais.islammessage.com/
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Si la justice valeur constitue cet idéal lointain reluisant de grâce, la justice institution censée l’incarner inspire plus de craintes qu’elle n’attire. On redoute d’avoir affaire à elle. Dans la pratique, on s’éloigne des tribunaux. Et les raisons suffisantes ne manquent pas : pas assez de de temps, non lucrativité, activité qui sied plus aisément aux professionnels du droit qu’au citoyen lambda, etc. On tergiverse !

Pourtant, jamais telle initiative n’a été autant nécessaire à la pérennisation de la Justice, donc, du vivre ensemble. Abandon de la « justice privée » n’est pas synonyme d’abandon total de cette prérogative essentielle à une entité humaine par nature dont les acteurs principaux bien que parfois fort talentueux se perdent souvent en chemin.

L’institution du débat public dans les tribunaux est à la démocratie ce que l’eau fraîche est au voyageur dans le désert brulant du Sahara : une nécessité. Elle protège l’honnête homme contre la tyrannie des juges et aussi de la lâcheté des avocats. Participer à ces séances est par conséquent un devoir citoyen dont les bienfaits sont indénombrables. Parmi eux, l’affirmation limpide de son engagement envers la bonne marche de la justice. De près, on peut côtoyer ses travers, épouser ses incohérences afin de mieux appeler à s’en divorcer.

En plus, l’exercice du droit, dans le prétoire notamment, est une activité aussi sérieuse qu’instructive. Assister aux débats est s’offrir une possibilité de faire connaissance avec les règles régissant notre société. Nemo* censetur ignorare legem.

La solidarité dans certains procès peut, par ailleurs, grandement influer sur la décision finale. Être aux côtés d’une victime de viol lors du jugement par exemple est doublement significatif : d’une part, c’est récuser fermement l’infamie et d’autre part, soutenir la victime dans sa démarche de réhabilitation. Le courage d’en parler vient parfois de la certitude qu’on n’est pas tout seul.

La justice humaine est capricieuse. Elle ne meurt pas de la publicité. Elle s’en renforce. Peuple, n’abandonnez pas vos instances de jugement au risque de les voir se fourvoyer en chemin et d’être pris au dépourvu quand viendra le temps d’en faire l’expérience. Investissez vos tribunaux ! Au moins de temps en temps.

* Nul n’est censé ignorer la loi

Ma génération ne périra pas !

(c) Image Henry-Luc Charles
(c) Image Henry-Luc Charles

Quand tout autour de soi s’écroule, la tentation de ne voir dans le réel que désespoir à travers les prismes déformés par notre désarroi peut amener à des conclusions inconsidérées. Ici, plus qu’ailleurs, la modération s’impose. Le recul et l’analyse rationnelle des phénomènes doivent s’extirper du sensationnalisme, des raccourcis faciles et conventionnels. Il n’y a que de cette façon qu’on puisse élever et faire progresser le débat.

Même ma génération a convenu de ne voir en son sillage hésitant, non conformiste et parfois incompréhensible, que désespoir, honte et matière à dénigrement. Une conclusion que j’ai appris à intérioriser m’élevant au passage avec mes rares semblables en avatar exceptionnels d’une race en décadence.

Ce curieux édifice s’est (heureusement) effondré ce samedi 11 octobre 2014 à la suite d’un débat à la bibliothèque de l’IPDEC des Cayes. Le sujet que je devais animer avec la soixantaine d’élèves en terminale de certaines écoles de la ville portait sur l’opportunité de pénaliser l’homosexualité.

En toute sincérité, je m’attendais à une bouillie indigeste d’ostentations religieuses plus ou moins saupoudrées d’hypothétiques considérations morales fragiles et non profondes théoriquement.

J’ai eu honte. Honte de moi. Honte de mon ignorance et de mon enfermement !

Avec ces jeunes qu’on prétend ne s’intéresser qu’aux œuvres impopulaires de la chair, j’ai eu droit à de riches prestations dignes des meilleurs débats internationaux. Des répliques construites, argumentées et des thèses défendues avec élégance et dialectique. Des statistiques, des théories planant au dessus de l’obscurantisme (religieux surtout) que trainent ces sujets problématiques.

Alors oui ! Il y a de l’espoir. Je veux bien avec cette preuve croire que la débauche et l’incontinence qui gangrène le corps social épargne la tête qui pense silencieusement une sortie viable pour le reste de ses membres. On aurait tort de supposer qu’il y a incompatibilité entre les jeux vidéos, les réseaux sociaux, les séries télé, les films et la science, la rationalité et le raisonnement. Certains jeunes se sont égarés, certains titubent à la recherche d’un point d’appui quand d’autres avec brio font honneur au pays, mais tous sont différents ! La force brute de la rivière peut détruire des villes ou électrifier un pays. Tout est de savoir la canaliser !