Archives mensuelles : janvier 2015

Haïti ou la tutelle (à peine) dissimulée

Militaire americains a Haiti - (c) lepoint
Militaire americains a Haiti – (c) lepoint

L’envie me prend d’imaginer, le temps d’une seconde, la réaction de la France et de ses médias, après qu’un ambassadeur américain, à un moment crucial de la vie nationale aurait foulé le sol de l’Assemblée nationale avec fracas. Tout ceci à grand renfort d’injonctions aux parlementaires  : « Restez-là! Ne vous déplacez pas. NOUS allons trouver une solution dans 30 minutes ».

Quel scandale! Quelle honte. La fierté nationale et l’âme français seraient proclamées en ces moments d’ingérences à grands renforts de manifestations saupoudrées de grandiloquentes déclarations les unes plus lyriques que les autres. J’imagine Jean Luc Mélenchon, je me représente Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy ou François Hollande.

Cette scène surréaliste s’est effectivement déroulée. Évidemment pas dans un grand pays comme la France mais à Haïti, dans la nuit du 11 janvier 2014. Cette île tumultueuse où la lutte fratricide, souvent mise en scène et toujours arbitrée par les intérêts de quelques puissants pays, a élu domicile.

Cette déclaration de la représentante des États-Unis en Haïti madame Pamela White à des parlementaires appelés à trouver une dernière solution à la crise électorale que traverse le pays depuis plus de 3 ans concentre en elle seule la teneur des rapports tissés par Haïti et ses bienfaiteurs grands amis depuis des décennies. Arrogante paternalisme et diktats des ambassades.

Cela dit, l’indépendance de pays émancipés du joug de l’esclavagisme est souvent un épouvantail brandi par des nationalistes exacerbés déconnectés du réel des enjeux et luttes d’influences économiques et géopolitiques. Ou par les pourfendeurs de la souveraineté sacrifiée afin de se sauver la face devant l‘incompatibilité manifeste de leurs déclarations et de leurs actes.

Cet ingérence est souvent justifiée, comme c’est le cas d’Haiti, par la pauvreté et l’extrême l’instabilité politique. En effet, depuis cette nuit du 11 au 12 janvier, constitutionnellement, il n’existe plus de Parlement dans le pays faute d’accord entre les protagonistes. L’exécutif, symbolisé par le président de la République M. Michel Martelly peut, comme son prédécesseur M. René Préval en 1991 diriger par décret.

Si comme tout haïtien, je suis choqué et indigné de cet affront fait au droit à l’autodétermination de tout peuple, de la violation effrontée et répétée de la constitution par ceux placés pour la défendre, de la concentration de fait entre les mains d’un seul homme de pouvoirs immenses, que l’émotion ne nous prive d’une lecture rationnelle de la conjoncture : la responsabilité de cette situation macabre est partagée ! D’abord entre des dirigeants aveuglés soit par leurs rigidités suicidaires ou leurs petits calculs politiciennes et la population qui s’obstine à porter au pouvoir des irresponsables.

Tremblement de terre et amnésie collective

Le palais national apres le seisme - (c) IciTF1
Le palais national après le séisme – (c) IciTF1

Cinq ans depuis qu’un cataclysme sans précédent dans l’histoire récente du pays a emporté dans un magma de poussière, de sang et de débris plus de 250 000 Haïtiens.

Les mots n’ont jamais été aussi insignifiants que quand il s’agit de les placer en ces circonstances sur la détresse et la souffrance humaine qui s’en est suivie. Ni pour décrire, l’hymne à l’humain, dépassant les clivages idéologiques, économiques et sociaux qui se sont élevés des profondeurs de la terre ébranlée. En cet après-midi, les pauvres ont tendu la main aux riches et ensemble, ils ont pleuré leurs morts sous les tentes.

Le panorama était pourtant trop beau pour que le mauvais temps n’y mette son grain de sel. Cinq ans après il ne reste de ce merveilleux festin solidaire que les miettes du quotidien traditionnel fait d’égoïsme, d’individualisme à outrance et de dictature de ses intérêts personnels au détriment du bien commun.

Nous sommes tous Haïtiens s’est esquivé pour faire place au Nous sommes tous Philippins qui lui aussi a été évincé au profit d’un #bringbackourgirls ou au plus récent, nous sommes tous Charlie Hebdo. La communauté internationale shootée à l’émotion rapide ne s’embarrasse pas des débours que nécessite l’engagement réel sur le long terme.

Mais plus sidérant encore, c’est le comportement de l’élite dirigeante haïtienne qui n’a toujours pas tiré les leçons qu’il faut de ce tremblement de terre du 12 janvier 2010. Les lanceurs d’alerte sont toujours méprisés, la reconstruction se jette dans le réconfort de l’amateurisme, l’économie reste exsangue, l’État de droit vilipendé et les politiciens perchés dans leur tour d’ivoire et discours étriqués embourbés dans la corruption.

La contemplation du passé, fût-il glorieux, ne doit jamais conduire à l’économie des responsabilités du présent et des devoirs face à l’avenir. Haïti n’est pas exceptionnelle. En ce sens qu’il est astreint pour se développer aux rigueurs et exigences contemporaines.

Sans l’éducation, la démocratie, la démarche scientifique notamment dans la sphère politique, les droits de l’homme et libertés fondamentales, le renforcement de l’économie et l’utilisation rationnelle des ressources disponibles, la redistribution de la richesse au profit du plus grand nombre, sans crier haro sur le clientélisme et l’incompétence, nous pourrons toujours inventer des slogans et scénariser notre pantomime de la misère face aux pays amis en quête de soutien, mais jamais, le pays ne pourra siéger au rang des nations développées.

Nous pouvons ne pas être tous Charlie Hebdo

En ces moments de deuils, la communauté humaine se doit de s’élever à la hauteur de son histoire et des valeurs de dignité, de liberté et de solidarité partagés par la majeure partie de ses membres. Quand des criminels d’une cruauté sans nom attaquent et assassinent 12 innocents au nom d’Allah,  ce n’est pas Charlie Hebdo, ses caricaturistes, ses journalistes ou la France qu’ils remettent en cause. Ce sont des siècles d’avancées sur l’obscurantisme, l’idéal universel de paix, la liberté d’expression, la liberté de la presse, donc, la démocratie qui s’en trouve atterrée.

Évidemment, l’escadron de la peur s’agitera encore plus en ces moments d’émotions. Il tentera d’amalgamer et d’associer à cette infamie les millions de musulmans pacifiques et républicains proclamant l’Islam religion d’amour, de tolérance et de paix. Ces musulmans qui comme tout être humain s’indignent devant le spectacle d’une telle barbarie.

Par ailleurs, la laïcité, valeur intrinsèquement républicaine n’exclut pas l’exercice des religions. Donc, des croyants (catholique, musulman etc) peuvent légitimement se démarquer de certaines caricatures du journal qu’ils estiment « blasphématoires » pour leurs divinités.

Mais l’espace républicain est celui où s’exerce la liberté dans les limites de la loi. La neutralité de l’État sur les faits religieux, la possibilité pour chacun de choisir librement une religion ou de considérer cette orientation comme un abandon de la raison sont des conditions essentielles et non négociables du vivre ensemble.

La grande nation qu’est la France a pris un coup ce mercredi 7 janvier 2014. Elle se relèvera radieusement forte si elle applique sur ses plaies les baumes de la justice et du refus de la rhétorique haineuse. Ces fous n’auront jamais raison de la démocratie ! Tous contre l’extrémisme religieux !

Qui frappe un chat tuera un être humain

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Minou à sa place préférée : mon ordinateur

Si un acte devait marquer durablement ma fin d’année 2014, ce serait le cadeau (atypique en Haïti) de ma mère : une mignonne petite chatte noire que j’ai gracieusement surnommé Minou. Continuer la lecture de Qui frappe un chat tuera un être humain