Incident dans le carnaval en Haïti : l’État est-il responsable ?

Fantom, membre d'un groupe rap populaire, electrocute. Credit Facebook
Fantom, membre d’un groupe rap populaire, a été blessé. Crédit Facebook

Un incident a endeuillé ce mercredi 17 février (2 h 48 am) l’ambiance carnavalesque traditionnelle installée depuis ce dimanche en Haïti. Un choc électrique a causé la mort d’une dizaine de personnes à Port-au-Prince et blessé plus de 40 autres.

Le rôle premier de l’État n’est pas de s’excuser. Ni de déplorer. Encore moins d’adresser des sympathies qui, sincères ou obligées, ne ramèneront nullement les victimes.

Le carnaval tel qu’il est mis en oeuvre par l’administration en place s’apparente à une échappatoire à la faillite manifeste de ses responsabilités envers la population. Car, tous les voyants sont au rouge. La situation économique reste catastrophique alors que des élections sont régulièrement programmées depuis trois ans sans avoir lieu.

Le peuple, croupissant dans l’indigence, est mieux servi en ambiances festives qu’en véritables perspectives d’améliorations de sa vie réelle! On parle d’austérité budgétaire quand on double le carnaval normalement réalisé une fois par an : 7 en 4 ans ! Peuple qui fête n’a point le temps de nous prendre la tête!

Pour autant, je ne commettrai pas l’erreur d’imputer cet incident malheureux à l’équipe au pouvoir. Elle se passerait volontiers de cette publicité macabre. Cet événement tragique emprunte le couloir tracé par les gouvernements haïtiens successifs, prompts aux regrets mais lents à l’anticipation responsable.

Le Nouvelliste rappelle à juste titre que « dans les années 70, le char monté par le groupe Dragon avait fauché des danseurs et des spectateurs. En février 1998, le char du groupe Ram avait été impliqué dans un incident similaire. Régulièrement, des spectateurs sont tués sur le parcours suite à des accidents ou des bagarres. »

Pourtant en 2015, aucun protocole de sécurité n’est établi pour un événement drainant des milliers de personnes venant des villes de province et de la diaspora. A ma connaissance, aucune étude sérieuse n’a encore été menée sur la mise en oeuvre globale de l’activité. Les chars sont construits selon le bon vouloir des commanditaires. Quelques policiers sans spécialisation assurent la sécurité de foules denses et compactes sur un parcours de plusieurs kilomètres.

Si en tant que peuple, nous continuons à ne pas prendre au niveau individuel et collectif, la mesure de nos catastrophes et tirer les leçons nécessaires afin d’empêcher qu’elles se répètent dans le futur, toujours alors, nous continuerons à pleurer, à déplorer et à présenter nos sympathies! Comme l’a dit Albert Einstein : « Le comble de l’absurdité, c’est de répéter les mêmes gestes constamment et de s’attendre à des résultats différents!

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Widlore Mérancourt
Blogueur haïtien, bénévole, étudiant en sciences juridiques, présentateur télé.

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