Archives mensuelles : mai 2015

Quand parler français fait chuter les grands !

(c) planetenonviolence.org
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Deux choses me viennent à l’esprit lorsque, trop souvent, je remarque, non sans peine, un politique, un personnage public ou un simple quidam dans un moment solennel, le malaise inscrit sur son front en sueur et sa voix tremblotante, prendre la parole dans un français inaudible et sacrifié en plus.

D’abord, le côté tragique :

Sans se perdre dans les méandres théoriques de Fanon à Price Mars, le fait est que l’haïtien, même instruit, se plait à dédaigner le créole. Snobisme ou franc mépris, il en fait une langue de seconde zone, une langue bâtarde bonne pour son « lakou » qu’il évite d’exhiber en public dans les cercles sociaux qu’il fréquente. Ainsi, même parlée par la grande majorité de la population, son officialisation dans la Constitution de 1987 ne cache pas la réalité: elle est souvent écartée dans les cérémonies officielles! Même l’État ne prend que rarement la peine de traduire ses communiqués sibyllins.

Ensuite, évidemment, le coté cocasse :

Car, lorsque vous avez en face de vous un auditoire avec qui vous avez en partage une langue complète, le choix du canal de communication devait être simplifié. S’il ne vous viendrait pas à l’idée, à moins d’un élan suicidaire, d’aller manipuler des engins explosifs dans un laboratoire chimique, s’embarrasser d’une langue que vous ne maîtrisez ne relève-t-il pas du ridicule ?

Le français c’est d’abord une connaissance théorique! Elle n’est pas innée. Personne ne peut vous reprocher de ne pas parler le mandarin encore moins d’être nul en physique quantique. Donc, si vous voulez faire le grand écart, les écoles et instituts pour combler les insuffisances de l’éducation nationale sont légion.

En cette période d’élection (ou de pré-sélection, selon que vous soyez politiquement correct ou pas) le conseil est gratuitement offert à nos « valeureux candidats ». Mesdames, messieurs le créole est une langue savoureuse aux tournures exquises. Il est dans votre esprit aussi limpide que l’eau de roche. Il épouse bien les contours de vos pensées et est, comme outil de communication, pleinement capable de les formuler. Cessez de vous martyriser et de nous torturer: parlez créole! Faire le contraire n’est en rien un gage de compétence. Merci.

L’art de mourir heureux

(c) tuxboard.com
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Je grimpai calmement une à une les marches de l’escalier en béton massif. La balustrade rouge vif, brillant sous les effets de l’ampoule installée sur la cour, me refroidit les mains. Il me vint simultanément à l’esprit qu’il fait froid et que je suis quasiment nu. Les pieds sur le bitume, et pour seul accoutrement, un caleçon délavé qui porte les souvenirs d’un temps lointain où il fut bleu. Continuer la lecture de L’art de mourir heureux 

Rendez-nous notre argent Monsieur Hollande !

French President François Hollande (2nd L) and of the Regional Council of the French overseas department of Guadeloupe Victorin Lurel (3rd R), flanked by Minister for Ecology, Sustainable Development and Energy Segolene (2nd R) and Culture Minister Fleur Pellerin (R), inaugurate the Memorial ACTe, the Caribbean Centre of Expression and Memory of Slavery and the Slave Trade, in Point-a-Pitre, designed by architects Pascal Berthelot, Jean-Michel Mocka-Celestine, Fabien Dore and Michael Marton on May 10, 2015 the National Day for the Abolition of Slavery and the Slave Trade in France. Francois Hollande is on a five-day visit to the Caribbean, including Martinique, Guadeloupe, Cuba and Haiti.  AFP PHOTO / NICOLAS DERNE
AFP PHOTO / NICOLAS DERNE

Le 10 mai 2015 a eu lieu à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) l’inauguration du « Mémorial ACTe » à l’occasion de la 10e journée nationale des « mémoires de la traite et de leurs abolitions ». Il faut souligner que la France est le seul pays européen parmi ceux qui se sont enrichis grâce à l’esclavage à le reconnaître comme crime contre l’humanité.

Lors de cette cérémonie, François Hollande le président français, a adressé un message aux Haïtiens : « Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai la dette que nous avons ». Des propos qui ont soulevé une salve d’applaudissements, mais que son entourage s’est empressé de clarifier, il s’agissait d’une « dette morale ». Subtilité sémantique qui a balayé d’un revers de mots l’espoir de différentes organisations militant pour le devoir de mémoire, et l’indemnisation des anciennes colonies que la France a si bien pris plaisir à sucer, jusqu’à les réduire à néant.

Deux ans plus tôt,  le 10 mai 2013, François Hollande a parlé d’« Impossible réparation ». Citant Aimé Césaire, il avait alors déclaré  : «Il y aurait une note à payer et ensuite ce serait fini ? Non, ce ne sera jamais réglé ».

Ce qui m’exaspère le plus, c’est la mauvaise foi et le déni de l’exceptionnalité du cas haïtien. Comme la majeure partie des descendants d’esclaves, je crois que la dette est en effet morale et que ces blessures demeurent vives, indifférentes aux baumes des discours et du temps. Ce serait malsain de croire qu’une compensation financière suffirait à effacer les drames et souffrances qu’ont engendrés la traite et l’esclavage.

Rappelons la situation: la révolution haïtienne est la première révolte d’esclaves réussie dans le monde moderne. En 1804, corollairement au combat combien glorieux et courageux de nos aïeux, on a repoussé héroïquement la première puissance militaire du monde de l’époque et fondé la première République noire libre du monde.

En 1825, soit 21 ans après, Jean-Pierre Boyer, dans le souci d’une reconnaissance de l’indépendance acquise par la « sueur et le sang » se tournera vers Charles X qui contraindra nos compatriotes à verser à titre d’indemnisation 150 millions de francs-or à la France.

Double paradoxe puisque primo, on ne paie pas sa liberté, et secundo, cette liberté était déjà acquise. Pour obliger Boyer à signer, Charles X impose au pays un violent embargo. Acculée, la Perle des Antilles n’avait pas le poids géopolitique nécessaire pour entrer en confrontation directe avec la France.

Les conséquences de cette « dette criminelle » et l’embargo sont désastreuses pour le pays. Instauration de la corvée. Désastre écologique. Emprunt de grosses sommes à Paris qu’il faut rembourser avec les intérêts, etc. En 1838, le roi Louis-Philippe réduit les indemnités à 90 millions, le tout est soldé en 1883.

Lorsque les Haïtiens, petites filles et petits-fils d’esclaves évoquent le remboursement, ce ne sont pas des torts évidents que la traite, l’asservissement, l’humiliation ont fait à l’humanité dont ils parlent, mais plutôt de cette « dette de la honte » infâme et inhumaine qu’on nous a forcée à payer.

Aimé Césaire ne voulait pas, à raison, entendre parler de compensation à propos de l’esclavage. Les souffrances et humiliations qu’ont subies nos ancêtres et l’humanité ne sauraient en effet être monnayées.

Cependant M. Hollande, la dette de 1825 de la France envers Haïti en question n’est pas une réparation pécuniaire contre l’esclavage, elle est purement financière. L’obligation morale envers Haïti et les autres pays à jamais marqués des séquelles de l’esclavage peut toujours être reconnue; la contrition honore votre pays! Quant à l’argent versé sous le chantage pour une prétendue indemnisation, il n’est pas moral, cher président, il doit être « restitué »: 17 milliards d’euros. RENDEZ- NOUS NOTRE ARGENT!

Les activités d’ Haiti Futur dans le Sud

en_bigDepuis fin 2010, Haïti Futur s’est engagé – en collaboration avec le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle haïtien (MENFP) dans un ambitieux projet d’éducation numérique. Soutenu par la Fondation de France, ce programme vise à déployer des Tableaux Numériques Interactifs (TNI) dans des écoles de toutes obédiences – publiques et privées (Laïques, Communautaires, professionnelles etc.) Continuer la lecture de Les activités d’ Haiti Futur dans le Sud