Archives mensuelles : juin 2015

Port-au-Prince: balade dans une ville fantôme

Port-au-Prince* se tait pour étouffer sa douleur. J’y suis allé. Plus que son mutisme, c’est son visage défiguré qui m’a renseigné sur ses blessures.

Quand le mal progresse au quotidien et que le passé devient le gardien d’un refuge épique perdu depuis, le temps cesse d’être un allié pour devenir indésirable. Alors, la parole ne peut se conjuguer au présent si ce n’est pour peindre la catastrophe.

Port-au-Prince n’a pas les mots de ses maux. Pour raconter les débris, les rues pavées de plastiques, les poules lavées, délavées et brûlées, vendues avec du piment. Pour mettre des phrases sur les plaintes de ces expropriés, la reconstruction des riches et l’étranglement des miséreux.

A quoi bon écrire la prostitution juvénile, le chômage, la faim, l’opulence dans la crasse, la pitrerie célébrée, les talents estropiés, l’insécurité, la corruption, la gouvernance aveugle ou les élections annoncées et tuées dans la poule ?

Port-au-Prince se désespère de son espérance. Ses boulevards ne sont plus foulés par des faiseurs de dignité ni des artisans de la liberté. Port-au-Prince s’étrangle lentement de la torpeur de ses citoyens et de la cupidité sans fin de ses politiciens, qui creusent avec acharnement autour d’eux la fosse dans laquelle eux et leurs enfants s’engouffreront.

* La capitale et la plus peuplée des villes d’Haïti

Quand une Constitution démocratique consacre la dictature…

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L’exception et la règle ne peuvent s’exclure. Elles évoluent dans le cadre d’un rapport dialectique. Cependant, il y a des exceptions qui naissent d’une volonté de mépriser la règle, de lui enlever son bien-fondé jusqu’à la dénaturer. Continuer la lecture de Quand une Constitution démocratique consacre la dictature… 

Cosmopolitisme et amour de soi !

(c) Widlore Merancourt - Jardin botanique des Cayes (Haiti)
(c) Widlore Merancourt – Jardin botanique des Cayes (Haiti)

Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d’autres non. Rares seraient ceux qui préfèreraient avoir une enfance désenchantée, étouffée et malheureuse à une autre fleurie sous les branches généreuses de quelque fortune. De l’argent, de meilleures situations, une pigmentation différente, une autre famille, un pays différent: les (dé) raisons de maudire la nature sont multiples, personnelles et diverses.

Cependant, le capital de départ de chaque humain relève du hasard et du défi. Il s’agit de devenir ce qu’on est. Réussir son métier d’humain quelle que soit la situation ; forger son destin dans le roc des déterminismes, écrire son histoire unique dans le grand livre de la vie, sans tambours ni gémissements. S’énerver contre ce qui n’est pas de notre ressort est non seulement méconnaître la vie mais une fuite d’énergie et de temps que jamais on ne rattrapera.

Si les circonstances et le travail le mettent en position d’être considéré comme un projet réussi parmi les hommes, c’est sans prétention et sans vaine arrogance que l’humble siègera parmi les siens. Non pour être servi mais pour servir. La fin de l’homme est de vivre une existence utile à lui et à sa communauté en accord avec la nature.

De ce fait, dire qu’on en a terminé avec son pays, qu’on le délaisse pour de meilleurs cieux, car il n’y a pas assez d’intellectuels à son goût, pas assez de progrès, etc., c’est s’insulter soi-même et ne pas porter son regard au-delà de ses propres aspirations.

Le développement est un processus. Il dépend des situations et du caractère de chaque peuple. S’il faut se plaindre qu’en Haïti les vœux d’émancipation et de réalisation complète de soi dans la dignité de la masse tardent à faire corps avec la réalité, ce n’est en rien une raison pour s’avouer vaincu et du même coup, jeter les voiles sombres du découragement sur des milliers de citoyens courageux qui s’évertuent silencieusement à tailler la pierre sur laquelle la nouvelle Haïti sera fondée.

L’amour du monde se pervertit quand il conduit à la haine et au dégoût de soi! Le cosmopolitisme est un éloge de la différence, le refus des œillères communautaristes, mais aussi un culte à l’effort continu pour mettre les peuples en diapason sur les rives du progrès! Le monde s’offre à nous. Il est plein d’opportunités, mais souffre de partout. Commençons par l’améliorer ici, en Haïti. Il n’y a pas meilleur entraînement.