Port-au-Prince: balade dans une ville fantôme

Port-au-Prince* se tait pour étouffer sa douleur. J’y suis allé. Plus que son mutisme, c’est son visage défiguré qui m’a renseigné sur ses blessures.

Quand le mal progresse au quotidien et que le passé devient le gardien d’un refuge épique perdu depuis, le temps cesse d’être un allié pour devenir indésirable. Alors, la parole ne peut se conjuguer au présent si ce n’est pour peindre la catastrophe.

Port-au-Prince n’a pas les mots de ses maux. Pour raconter les débris, les rues pavées de plastiques, les poules lavées, délavées et brûlées, vendues avec du piment. Pour mettre des phrases sur les plaintes de ces expropriés, la reconstruction des riches et l’étranglement des miséreux.

A quoi bon écrire la prostitution juvénile, le chômage, la faim, l’opulence dans la crasse, la pitrerie célébrée, les talents estropiés, l’insécurité, la corruption, la gouvernance aveugle ou les élections annoncées et tuées dans la poule ?

Port-au-Prince se désespère de son espérance. Ses boulevards ne sont plus foulés par des faiseurs de dignité ni des artisans de la liberté. Port-au-Prince s’étrangle lentement de la torpeur de ses citoyens et de la cupidité sans fin de ses politiciens, qui creusent avec acharnement autour d’eux la fosse dans laquelle eux et leurs enfants s’engouffreront.

* La capitale et la plus peuplée des villes d’Haïti

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Widlore Mérancourt
Blogueur haïtien, bénévole, étudiant en sciences juridiques, présentateur télé.

4 réflexions au sujet de « Port-au-Prince: balade dans une ville fantôme »

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