(c) swissinfo.ch
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Beaucoup de choses ont été dites sur les élections en Haïti. Et les commentateurs ont rivalisé d’ingéniosité et de panache pour nommer ce qu’il conviendrait parfois d’ignorer ou de conspuer.

Si ce cirque sérieux ne se prête que difficilement à l’analyse, vu par ses contempteurs les mots pour le qualifier ont toujours quelque chose à voir avec la crasse, la boue et le déshonneur.

Or, rarement on en a fait l’analyse inverse : ce qu’est l’exercice électoral vu du côté des candidats et politiciens, dont on épuise les Larousse à ne pas trouver d’épithète pour les qualifier.

On serait alors surpris de réaliser le peu de courage de nos petits révolutionnaires iPhone dernière génération, nos intellectuels critiques et nos universitaires de l’Université et seulement de l’Université avec leurs jargons aussi prétentieux qu’austères.

Ils sont prompts à critiquer, à s’insurger, à s’indigner, mais lents à l’autocritique. Une lenteur nécessaire pour conforter leur patriotisme de pacotille puisqu’ils réaliseraient par là qu’ils sont aussi responsables de la situation du pays que les épouvantails qu’ils pointent du doigt. Si l’histoire nous apprend une chose, c’est qu’en politique et en matière de gouvernance de la cité, le vide n’est pas une option. Les fous et les insensés élisent domicile en quartier abandonné par la raison, la science et le bon sens.

À côté des invectives de ces citoyens 2.0, de ces intellectuels connectés aux médias et omniprésents sur internet, mais déconnectés de toute réalité, combien ont déjà pris une seule initiative ? Combien ont manifesté le désir et se sont engagés sérieusement pour prendre des responsabilités ? Combien ont même déjà voté ?

D’aucuns m’objecteront l’excuse du lâche qui se retranche derrière la difficulté de la tâche à accomplir pour se dérober à ses devoirs. Oui le peuple est capricieux et paraît irresponsable dans ses choix. Oui la proportion des saltimbanques audacieux prétendant diriger est assommante. Oui aussi on peut changer les rapports de force et réduire la probabilité que la population tombe sur un trafiquant notoire ou sur le dernier des escrocs.

Dès lors, pourquoi les listes électorales ne peuvent être remplies de citoyens honnêtes et une marge négligeable d’individus méprisables ? Est-ce vrai qu’on a pas assez d’hommes sérieux, intègres et compétents ? À mon avis non. Tout cela a à voir avec le courage. Le courage d’abandonner son confort pour se dévouer à plus grand que soi. Le courage de passer des paroles aux actes et de servir son pays.

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Widlore Mérancourt
Blogueur haïtien, bénévole, étudiant en sciences juridiques, présentateur télé.

9 réflexions au sujet de « Quand des bandits enseignent le patriotisme »

  1. brillant article!!!
    ce que j’ai enfin compris dans l’histoire de la politique haïtienne, c’est que l’intérêt passe au premier plan.dorénavant, la politique haïtienne est une mine à qui veut la protubérance matérielle et la couverture immunitaire.ce qui amène à croire que le pouvoir politique en Haïti ignore toute notion d’intégrité et de responsabilité. même si la population n’est pas apte a faire un bon choix, même si elle ignore le sens du jugement, car le processus du choix d’un dirigeant se révèle être un travail pénible et compliqué pour qui n’en a pas le flair de la déduction progressive face à des manipulateurs de grands calibres. est-ce pour autant un moyen de berner le peuple?

  2. environ 80 % d’analphabètes,pourtant on leur inflige le sort de la désignation d’un homme qui maîtrise toutes les notions politiques.pour choisir des représentants qui engageraient vraiment leur crédibilité au développement du pays,je ne pense pas que le peuple le puisse. qu’est ce qui pousse l’ensemble des citoyens à déléguer un homme à la tête du pays selon toi?

    1. C’est là que nos opinions divergent : Je ne pense pas que les hommes qui se présentent aux elections maitrisent toutes les notions politiques. Pas mêmes les plus élémentaires. Pour le moment, et pour répondre à ta question, 1-Moins de 20% d’electeurs participent aux élections… donc, faudrait relativiser quand on parle de « peuple », 2-Ceux qui votent ont comme tu le soulignes ce problème d’analphabétisme mais pire, ils semblent que l’exercice ne soit pas très bien compris. Sinon, personne ne voterait un candidat parce qu’il a distribué des billets de 1000 gourdes etc.

  3. je faisais allusion aux types de représentants que nous devrions avoir, et lorsque j’ai lu ton commentaire, je retrouve les mots qui s’étaient enfouis dans ma mémoire.le peuple vote parce qu’on lui dicte qui il doit élire. ce n’est nullement par capacités déductives qu’il fasse ses choix mais par l’orientation de nos politiciens vénales.comment ne pas accepter l’offre quant cela émane de leur leaders admirés sans oublier les soucis de la pauvreté?? il faut pas oublier que ces politiciens détiennent un pouvoir moral sur la masse!!!

    1. Ton analyse est juste ! Mais, pourquoi les listes électorales restent remplies de malfrats ? Il faut aussi se rendre à l’évidence que le laisser-faire des intelellectuels, des intègres et des compétents pave la voie aux individus peu recommendables. S’eduquer à la démocratie est une tâche de longue haleine, peut-être faudrait-il commencer à élever le niveau et montrer qui peut aspirer aux hautes fonctions électives.

  4. les règles sont là, il n’y a que le contrôle de l’État qui est factice. je n’arrive toujours pas à comprendre comment des récidivistes criminels ont pu trouvés des certificats de bonne vie et mœurs pour pouvoir appuyer leurs inscriptions dans la liste des candidats …la recevabilité sociale devrait être pris en considération.

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