Pourquoi le Chinois ne comprendra jamais l’Haïtien ?

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L’ancien premier ministre haïtien, Laurent Lamothe et le ministre taïwanais des Affaires étrangères (Chine), David Yung-lo Lin (c) ayitinews

Le Forum mondial de la Francophonie #FMLF2015 a été organisé cette année du 20 au 23 juillet à Liège en Belgique. C’était une occasion unique de faire des rencontres aussi enrichissantes que surprenantes, de mieux se connaître au contact de l’autre et de prendre le pouls de la diversité extraordinaire que représente l’espace francophone.

J’ai déjà  publié ici et  d’autres billets sur le forum, mais en voilà un petit très caricatural*, inspiré de ma rencontre avec une jeune Chinoise.

1-Le Chinois contrairement à certains Haïtiens ne dénigre pas son pays à l’étranger. Alors là, pas du tout. Pas même pour rendre compte de ce qui ne fonctionne pas. Donc, si vous voulez avoir sur ce pays un point de vue panoptique et objectif, paradoxalement, cette information n’est pas forcément à chercher chez nos amis chinois.

2-La relation d’Haïti avec la langue française est complexe et difficile à comprendre d’un point de vue extérieur. Elle est historique, identitaire et sociale. Nous, Haïtiens, utilisons souvent le français comme marqueur social. Un moyen pour délimiter les diplômés et cultivés des autres. Ce n’est pas le cas des Chinois ! Leur rapport aux langues étrangères (d’après ce que j’ai pu comprendre) est purement pragmatique. Ils apprennent le français parce que Paris c’est la capitale de la mode et que c’est utile pour s’immerger dans une culture historique, l’anglais parce que parlée un peu partout et que dans certaines universités, elle est une matière obligatoire. Et c’est la même chose pour toutes les autres langues comme le russe, l’arabe, etc.

3-Le Chinois déteste l’ethnocentrisme. Donc, ne l’interpellez pas sur son pays en mettant en avant votre perspective occidentale. Sur les libertés fondamentales, particulièrement la liberté d’expression, la fille (fort sympathique d’ailleurs) à qui j’ai parlé m’a répondu mi-énervée, mi-perplexe :  « Pourquoi devrions nous être comme vous ? Ça marche chez nous. Il y a la sécurité, on trouve du travail… Pourquoi serait-il préférable de ressembler à l’Angleterre et à la France ?

C’est vrai que sur le principe, elle n’a pas tort, car en matière de croissance économique, la France ou Haïti d’ailleurs n’est pas en ce moment mieux placée pour faire la leçon à quiconque. Encore moins à la Chine. Toute la question est de savoir si nous serions prêts à abandonner nos libertés pour plus de prospérité.

* Je tiens à souligner que j’ai aussi rencontré lors de ce forum d’autres Chinois beaucoup plus ouverts sur les questions politiques notamment.

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Widlore Mérancourt
Blogueur haïtien, bénévole, étudiant en sciences juridiques, présentateur télé.

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