Valéry Numa est riche ? Et alors ?

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Les violences engendrées par des étudiants de la faculté des sciences humaines de l’Université d’État d’Haïti (UEH) lors d’un débat organisé dans l’institution ce mardi 29 septembre ont provoqué des réactions outrées et du mécontentement sur la Toile. Au fond, c’est moins l’action en elle-même qui est déplorée que le fait qu’elle soit à l’initiative d’universitaires. À voir la proportion démesurée que prend cette affaire sur Internet et dans nos médias traditionnels, j’y repère un accroc majeur à l’affirmation un peu hâtive sous-entendant que la science, donc l’université, aurait perdu toute valeur dans la société haïtienne. Si tel était le cas, pourquoi alors s’indigner du baroud de ces étudiants ? Pourquoi leur nier toute appartenance au monde universitaire et estimer que leurs comportements portent atteinte à une certaine vérité supérieure ?

À mon sens, on commet généralement deux erreurs quand il s’agit de dénoncer une énième déconvenue occasionnée par l’action des étudiants notamment de l’UEH. D’abord, si l’espace universitaire est réputé pour sa tolérance et la primauté de la dialectique dans la résolution des conflits, ce serait dogmatiser et essentialiser l’institution que de la transfigurer en garante de la non-violence et ses occupants en d’obligatoires disciples de Gandhi ou de Mandela. Ensuite, on oublie souvent le contexte social dans lequel évolue l’université. Il ne s’agit nullement d’excuser, mais de comprendre. Les étudiants, comme tous les citoyens, sont aux prises avec des aspirations contrariées, des trahisons, des manipulations et la même vie abominable que des décennies de politiques et de pseudo marches vers l’égalité et la démocratie n’arrivent toujours pas à améliorer.

Qui sont-ils ? Certains délinquants incultes pour la plupart, mais aussi et surtout des êtres humains, des Haïtiens qui ont le ras-le-bol du système, d’une existence qui ne les satisfait pas sans augure ni  prémisses d’un redressement. En Haïti, il faut de l’audace pour espérer. Il faut même une audace « chimérique » pour ne pas se laisser emporter par le courant du défaitisme. Et en cela, je pense que ces étudiants ont beaucoup d’humanité.

J’ajouterais que réduire l’UEH aux gesticulations de certains de ses membres repose sur la même logique indue consistant à ramener Haïti aux bourdes (en abusant sur l’euphémisme) du président Michel Martelly. Somme toute, l’UEH n’est et ne sera jamais un bloc compact. Il y aura toujours en son sein des courants et des positions divers. On appelle cela une université ! Ériger les écarts affligeants de certains en caricature de tout le groupe quand on fait activement fi des exploits des autres relève du militantisme. Un drôle de militantisme en tout cas !

Toujours dans cette dynamique de réflexions hâtives et d’amalgames, j’ai reçu à dix reprises deux articles peu flatteurs faisant suite à la couverture de l’événement par le journaliste d’opinion Valery Numa. Vraisemblablement étudiants à l’UEH, les auteurs contrariés brossent le portrait d’un journaliste clientéliste, abject et vénéneux profitant honteusement de sa notoriété pour engranger dans la prévarication une richesse que son métier « démuni » peine à justifier.

Opportunité ne m’est pas donnée de connaître personnellement le personnage. Je m’abstiendrais donc de commenter la provenance de sa fortune. D’après ce qu’on peut lire à son sujet, il se définit doublement comme entrepreneur et journaliste. Y a-t-il conflit d’intérêts ? Sont-ce deux activités incompatibles ? Comment ? Où exactement a-t-il fait une prise d’intérêt faisant entorse à l’éthique ? Existe-t-il une éthique du journalisme en Haïti ? Toujours est-il qu’il n’y a aucune instance pour trancher ces interrogations.

Ce que je sais en revanche, c’est que derrière toute fortune (encore plus si elle est subite), il y a toujours à l’affût le soupçon d’un cercueil dans le placard, d’une mère vendue au démon, d’un trafic illicite ou plus récemment d’une compromission homosexuelle. Ce réflexe pavlovien qui conduit à rendre l’argent suspect jette le discrédit sur tous ceux qui s’acharnent à forger leurs destins honnêtement en exploitant les opportunités tout en créant les maigres emplois dont le marché peut encore se prévaloir. Cette posture du « dis-moi combien tu possèdes, je te dirai quelle crapule tu es » est le premier obstacle à l’entrepreneuriat et à la création de richesses dans ce pays exsangue.

Ce n’est pas demain que je serai fan du type de journalisme dont Valéry Numa est l’avatar. Mais je connais trop bien comment l’envie et le dégrisement peuvent alimenter l’infernale machine de la délation. Je préfère donc prudemment douter de ces allégations pour m’en tenir aux preuves ! Amenez-moi quelque chose qui soit autre que de la détraction, de la jalousie pour quelqu’un qui s’est fait un nom et un portefeuille dans ses initiatives et je serai le premier à plaindre son public livré aux élucubrations d’un corrompu démagogue.

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Widlore Mérancourt
Blogueur haïtien, bénévole, étudiant en sciences juridiques, présentateur télé.

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