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Il fut un temps où l’on pouvait meubler sa solitude. Remplir d’espoir ces parenthèses tristes qui s’étirent à mesure que s’égrènent les jours, les heures et les minutes d’une vie généreusement tendue vers l’autre, tendue vers son absence qui se dessine, s’accentue jusqu’à devenir étouffante, pénible. Des épopées romantiques, de la musique lente et mélancolique, l’on fabriquait des pansements pour son cœur endolori. L’imagination se substituait au réel. Un réel empoisonné par le manque, souffrant, recroquevillé mais non désespéré.

A ces âges perdus depuis, la séduction se rapprochait de la magie, partageant avec elle le même goût immodéré pour l’interprétation des signes. L’impatience se lisait dans la nervosité, le sourire avait ses nuances, la démarche recelait ses promesses et le silence hurlait discrètement ce que les mots échouaient à exprimer.

Aussi, la solitude du délaissé était moins pénible.

Et puis, le téléphone.

Depuis cette maudite invention, rien n’est plus pareil. L’on s’éloigne de l’autre à mesure qu’on s’accroche à son smartphone. L’appareil, perfide, nous offre l’ubiquité pour mieux nous dérober l’instant présent, le seul qui compte vraiment. A trop pouvoir communiquer, nous ne communiquons guère. Transformés en commentateurs et enregistreurs électroniques de nos propres vies, nous oublions de vivre, de sentir, d’aimer et d’être heureux, hic et nunc, sans témoins.

Et aussi, la solitude du délaissé se convertit en supplice.

La distance ne se prête plus aux fantaisies de l’imagination amoureuse. Sans cette consolation, l’indifférence devient plus froide, plus définitive. Whatsapp s’est planté à l’endroit où, plein d’espérances, l’on anticipait, impatient, le hasard de la prochaine rencontre. L’équivoque n’a plus sa place. Surtout quand la barre grise du message envoyé se dédouble, puis vire au bleu alors que la réponse, contingente, se fait attendre des heures, des jours, jamais. Internet nous prive du luxe délicieux de l’autre fantasmé, de son accompagnement par l’esprit et de ses caresses oniriques.

Par souci d’équité, certains rappellent la neutralité des prouesses techniques et moins que les outils, ils invitent à faire le procès de l’utilisation. La technologie ne viendrait qu’outiller nos incongruités et donner des ails à nos paresses. Mais le réquisitoire contre le téléphone portable est accablant. Ce démon frigorifie les dîners les plus goûteux et s’est rendu coupable d’animer la proximité des êtres lointains tout en éloignant ceux avec qui on partage le même air.

Et pour comble, lorsque le solitaire languissant d’amour se désole qu’on soit toujours plus seul avec son téléphone portable, il faudrait tous crier avec lui : maudit soit cet appareil diabolique.

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Widlore Mérancourt
Blogueur haïtien, bénévole, étudiant en sciences juridiques, présentateur télé.

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