Archives pour la catégorie Culture

Lettre d’un chômeur à son amante

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(c) jura-tourism

 

Mon amour,

Quelque enthousiaste que je serais à l’approche de la St Valentin, ne pourrais-je pour autant empêcher l’étiolement du voile de notre quotidien, laissant transparaître depuis deux ans au rythme de nos manques, les reliques d’un amour fatigué, s’étranglant à petit feu.

Le chômage s’est introduit sous nos draps. Il a rafraîchi nos baisers, frigorifié nos ébats.

Quel effort pourtant n’avions nous pas consentis ? Ne sommes nous pas licenciés? Fallait-il que tu acceptes cette forme de prostitution déguisée qui consiste à être à la fois employée et maitresse? Fallait-il que je me prête à la réconfortante mode de la relativité morale ambiante et troquer ma dignité contre une relative prospérité ?

Les vertus ici s’arrêtent aux portes des intérêts! Et l’amour n’est plus qu’un tonneau vide déambulant sur le boulevard des faux semblants. L’État se résume au pillage, gaspillage et maquillage de développement! La création d’emploi s’arrête là où la famille et les amis avares ont trouvé quelques satisfactions.

Toutefois, que ce tableau désolant ne nous prive d’y peindre ce 14 février en lettres roses les traits éternels de notre amour. Et de l’espoir, à la grandeur de l’histoire tumultueuse de notre cher pays. Haïti finira par se relever. Nous finirons par trouver du travail et notre histoire de ses cendres scintillera!

Je t’aime.

Max

Qui prendre pour modèle en Haïti ?

Dany Laferriere - (c) lenouvelliste.com
Dany Laferriere – (c) lenouvelliste.com

Le syndrome de la feuille blanche noircit mon jugement chaque fois que l’envie me prend d’écrire sur ma génération. Pourtant, le propos de ce billet est simple et positif : les jeunes en Haïti ne manquent pas de modèles. Je sais que c’est le raccourci privilégié pour expliquer pourquoi certains d’entre nous confondent bêtise et intelligence, préfèrent l’incontinence, la débauche au dur labeur. Mais je vois autour de moi trop de repères pour laisser cette conclusion obstruer la réalité qui s’offre à moi dans toute sa splendeur. Continuer la lecture de Qui prendre pour modèle en Haïti ? 

Lettre à mon ami homo

(c) tpe-homosexualite-2011.e-monsite.com/
(c) tpe-homosexualite-2011.e-monsite.com/

Cher ami,

Ce n’est point par proximité affective ni désir de verser dans la controverse, mais plutôt par l’affirmation de mon engagement ferme sur le pacte républicain, promesse d’équité et d’égalité, que je me désolidarise de l’injustice que tu subis.

La liberté est la pierre angulaire de toute société. Toute restriction greffée sur elle ne saurait être acceptable que si de nature à assurer le bonheur de tous! Aussi, aucun être humain ne devrait se voir dicter ses comportements, ses inclinations ou la façon de s’affirmer au monde dans aucune communauté démocratique sans se voir confisquer l’essence de son existence qui est ce bien fondamental.

Cela dit, mon engagement contre les insultes, harcèlement, marginalisation et violence physique dont tu es l’objet ne saurait être interprété comme adhésion ou même préférence pour tes choix ! Loin de là. Qui suis-je pour te juger ? Mais plus encore, de quel droit aurais-je mon mot à dire sur tes passions intimes ?

Quand la religion s’aventure hors des cadres de la réglementation égalitaire sociale, la seule qui prévaut pour tous, elle parcourt des sentiers périlleux où la tyrannie, le rejet de l’autre et l’intolérance élisent domicile. Je rêve d’une société où la différence, loin d’être pathologique, serait un baume appliqué sur notre mal à être tous ensemble dans la paix !

Cher ami, de grâce, ne te rabaisse pas à l’exercice qui consiste à répondre le mal par le mal. Les moyens doivent au long de la quête honorer la fin ! Liberté. Égalité. Fraternité. Droits de l’homme. État de droit… Voilà tes repères.

Avec l’espoir de voir poindre à l’horizon la silhouette réconfortante de la garantie d’être différent dans la dignité, reçois toute mon affection.

Widlore Mérancourt
4 novembre 2014
Cayes, Haïti

Peuple, investissez vos tribunaux

(c) http://francais.islammessage.com/
(c) francais.islammessage.com/

Si la justice valeur constitue cet idéal lointain reluisant de grâce, la justice institution censée l’incarner inspire plus de craintes qu’elle n’attire. On redoute d’avoir affaire à elle. Dans la pratique, on s’éloigne des tribunaux. Et les raisons suffisantes ne manquent pas : pas assez de de temps, non lucrativité, activité qui sied plus aisément aux professionnels du droit qu’au citoyen lambda, etc. On tergiverse !

Pourtant, jamais telle initiative n’a été autant nécessaire à la pérennisation de la Justice, donc, du vivre ensemble. Abandon de la « justice privée » n’est pas synonyme d’abandon total de cette prérogative essentielle à une entité humaine par nature dont les acteurs principaux bien que parfois fort talentueux se perdent souvent en chemin.

L’institution du débat public dans les tribunaux est à la démocratie ce que l’eau fraîche est au voyageur dans le désert brulant du Sahara : une nécessité. Elle protège l’honnête homme contre la tyrannie des juges et aussi de la lâcheté des avocats. Participer à ces séances est par conséquent un devoir citoyen dont les bienfaits sont indénombrables. Parmi eux, l’affirmation limpide de son engagement envers la bonne marche de la justice. De près, on peut côtoyer ses travers, épouser ses incohérences afin de mieux appeler à s’en divorcer.

En plus, l’exercice du droit, dans le prétoire notamment, est une activité aussi sérieuse qu’instructive. Assister aux débats est s’offrir une possibilité de faire connaissance avec les règles régissant notre société. Nemo* censetur ignorare legem.

La solidarité dans certains procès peut, par ailleurs, grandement influer sur la décision finale. Être aux côtés d’une victime de viol lors du jugement par exemple est doublement significatif : d’une part, c’est récuser fermement l’infamie et d’autre part, soutenir la victime dans sa démarche de réhabilitation. Le courage d’en parler vient parfois de la certitude qu’on n’est pas tout seul.

La justice humaine est capricieuse. Elle ne meurt pas de la publicité. Elle s’en renforce. Peuple, n’abandonnez pas vos instances de jugement au risque de les voir se fourvoyer en chemin et d’être pris au dépourvu quand viendra le temps d’en faire l’expérience. Investissez vos tribunaux ! Au moins de temps en temps.

* Nul n’est censé ignorer la loi

Noces mortelles

(c) voxfnredekker.com
(c) voxfnredekker.com

La salle est pleine. Bondée de gens. Ma famille, sa famille, des amis et surtout des inconnus. Leurs visages, partagés entre la gravité du moment et la joie de rigueur confèrent à l’événement une allure funeste. Un pas après l’autre, je marche, titube dans les bras de mon père vers la fin de ma jeunesse. Vers ma fin.

Á l’autre bout de cette ruelle sans fin, il est là. Immobile, le visage trop jeune pour cacher son inquiétude. En vérité, aucun d’entre nous n’a envie d’être là. Dans le silence des désirs inavoués, la voix ajoute au manque. L’exacerbe. Ni lui, ni moi ne voulons de cette destinée. Mais qu’est-ce la volonté devant la violence des conventions sociales ?

Doucement, il me prend la main. Comme ces dizaines de fois où, dans le plus grand secret, il m’emmenait sur la plage. Les cheveux dans le vent, du sable dans nos rêves, on s’aimait dans l’innocence. Juste pour le plaisir d’être aux yeux de l’autre. Nos baisers étaient aussi profonds que le bleu de la mer. Nos caresses épousaient le mouvement houleux des vagues. Doucement, lentement, on s’était laissé aller. Jusqu’à il y a quatre mois. Quand j’ai ratée mon rendez vous mensuel. J’ai tout de suite su que plus rien ne sera comme avant.

Dans ses bras, je vacille. De grosses gouttes de larmes perlent sur mes joues joufflues. Allons-nous d’ici ai-je envie de lui crier. Qu’y a t-il de plus honteux entre refuser d’assumer un fardeau trop grand pour ses frêles épaules et faire souffrir le martyr éternel à un innocent ? Où se trouve l’infamie ? Pourquoi ne puissions nous pas simplement… aimer ?

D’une mine résignée, le celebrant nous lance des regards coupables. Une cloche sonne. Chaque coup sourd vient se cogner avec violence dans ma tête. Je sens une rumeur derrière mon dos. La foule se soulève. Le prêtre lève les yeux vers ciel, étend son bras et égrène théâtralement les premiers mots du reste de ma sombre vie.