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Pourquoi le retrait du Kenya de la CPI serait préjudiciable à tout le continent

Uhuru KenyattaJe me fais le devoir d’être toujours en première ligne quand il s’agit de défendre la souveraineté des États du monde face à l’ingérence insolente des grandes puissances ou encore de prétendues organisations internationales qui souvent sont à leurs soldes.

Il m’est par ailleurs impossible de partager cette vision manichéenne qui consiste à voir l’ange ou le diable partout, car la réalité est d’ordinaire plus complexe que ce qu’elle nous laisse entrevoir. Ainsi, je me réjouis de la création d’associations transnationales allant dans le sens de la protection de la planète, du genre humain et de sa dignité.

La Cour pénale internationale initiée par le Statut de Rome fait partie de ces remparts contre la cruauté infâme et le piétinement massif des droits de l’homme. Comme toute organisation de sa catégorie, elle a ses faiblesses et ses moments d’égarements. Nous sommes en droit de fustiger le fait qu’elle soit par exemple moins prompte à condamner les criminels occidentaux comme George W. Bush que les dirigeants africains. Son équité aussi est à questionner sur maints dossiers, mais est-ce une raison de conclure sans différer son incompétence à juger Uhuru Kenyatta et William Ruto, respectivement président et vice-président du Kenya, impliqués dans l’épineux dossier des violences postélectorales de 2008 ayant fait d’innombrables victimes ?

Non

L’argument principal des tenants de cette thèse serait que les juridictions nationales du Kenya soient compétentes pour entendre les personnes dont la CPI veut juger. Pourquoi alors, rien n’a été amorcé depuis 2008 pour fixer les responsabilités et éventuellement condamner les coupables ?

Il est vrai que la CPI ne fait pas unanimité et que beaucoup reste à corriger pour dynamiser l’efficacité de l’institution, mais il n’est pas moins vrai qu’elle demeure un rempart dans les pays membres contre les velléités criminelles et génocidaires de certains possédés. Le retrait du Kenya serait une régression regrettable et un mauvais précédent pour tout le continent. Le fait que les prévenus aujourd’hui occupent des postes à haute responsabilité pose bien un problème de priorité entre le choix de la stabilité et la répression nécessaire du crime. Répudier la CPI n’est pas la solution, car cela n’arrêtera pas la poursuite contre les inculpés.

Quelle politique face à la souffrance et l’indignité ?

TKevin Carter Prix pulitzeroute politique non fondée sur l’humain, le respect de la dignité et l’espoir, que dis-je, le combat pour une vie meilleure de chaque citoyen est tout, sauf une politique juste. J’ai récemment lu dans le numéro 1192 de “Courrier international” le tollé qu’a fait la “loi sur la sécurité alimentaire” se proposant de garantir à plus de 800 millions d’Indiens l’accès aux denrées de base à prix subventionné.

Une grande partie de l’élite avide les yeux moins rivés sur la souffrance et la détresse d’une grande partie de la population que sur ses bilans comptables a crié haro sur ladite loi prétextant entre autres un risque d’aggravation du déficit budgétaire.

C’est ce qui arrive quand la politique est l’apanage de technocrates, d’économistes impitoyables et de privilégiés inhumains qui perdent de vue le vrai but de l’institution étatique qui est de favoriser la justice sociale et la (re) distribution des richesses. On peut dépenser pour la défense, les escalades belliqueuses au mépris de la souveraineté des États du monde, les pérégrinations et séjours en famille dans les hôtels de luxe sur le dos du contribuable (plus près de nous), mais c’est risqué de faire plonger les chiffres par le bas quand il s’agit d’améliorer la vie de millions de gens croupissant dans l’indigence.

Qu’on ne voit pas dans ce texte un acquiescement aux programmes suintant le populisme et l’assistanat que vend l’actuel gouvernement (Ti manman chéri, Ti papi chéri et compagnie). Je l’ai toujours soutenu et je tacherai d’être cohérent là dessus : “Ce n’est pas à coup de 1500 gourdes par mois à moins de 40 000 mères dans un pays de plus de 10 millions d’habitants que vous améliorerez la vie de nos familles. De tels projets, s’ils soulagent certains, frustreront la majorité tout en laissant irrésolu le vrai problème qui est la “pauvreté extrême”. Problème fort complexe qu’il faut aborder avec des solutions sérieuses à court/long terme.

En ce qui a trait au fameux Kore Etidyan, dont par éthique je dois préciser en être bénéficiaire, je crois que chacun sait le passé bruyant et subversif de nos étudiants expliquant la bienveillance anticipatrice et annihilante de nos dirigeants.

Nos leaders ne peuvent plus continuer à vivre dans une tour d’ivoire, dans leurs discours étriqués et formules soporifiques au mépris de la souffrance et l’indignité réelle dans lesquelles végète la population. Comme le disait Harish Khare : « Le projet étatique est un pacte social fondé sur la promesse de l’égalité pour tous ».