Archives du mot-clé amour

Cosmopolitisme et amour de soi !

(c) Widlore Merancourt - Jardin botanique des Cayes (Haiti)
(c) Widlore Merancourt – Jardin botanique des Cayes (Haiti)

Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d’autres non. Rares seraient ceux qui préfèreraient avoir une enfance désenchantée, étouffée et malheureuse à une autre fleurie sous les branches généreuses de quelque fortune. De l’argent, de meilleures situations, une pigmentation différente, une autre famille, un pays différent: les (dé) raisons de maudire la nature sont multiples, personnelles et diverses.

Cependant, le capital de départ de chaque humain relève du hasard et du défi. Il s’agit de devenir ce qu’on est. Réussir son métier d’humain quelle que soit la situation ; forger son destin dans le roc des déterminismes, écrire son histoire unique dans le grand livre de la vie, sans tambours ni gémissements. S’énerver contre ce qui n’est pas de notre ressort est non seulement méconnaître la vie mais une fuite d’énergie et de temps que jamais on ne rattrapera.

Si les circonstances et le travail le mettent en position d’être considéré comme un projet réussi parmi les hommes, c’est sans prétention et sans vaine arrogance que l’humble siègera parmi les siens. Non pour être servi mais pour servir. La fin de l’homme est de vivre une existence utile à lui et à sa communauté en accord avec la nature.

De ce fait, dire qu’on en a terminé avec son pays, qu’on le délaisse pour de meilleurs cieux, car il n’y a pas assez d’intellectuels à son goût, pas assez de progrès, etc., c’est s’insulter soi-même et ne pas porter son regard au-delà de ses propres aspirations.

Le développement est un processus. Il dépend des situations et du caractère de chaque peuple. S’il faut se plaindre qu’en Haïti les vœux d’émancipation et de réalisation complète de soi dans la dignité de la masse tardent à faire corps avec la réalité, ce n’est en rien une raison pour s’avouer vaincu et du même coup, jeter les voiles sombres du découragement sur des milliers de citoyens courageux qui s’évertuent silencieusement à tailler la pierre sur laquelle la nouvelle Haïti sera fondée.

L’amour du monde se pervertit quand il conduit à la haine et au dégoût de soi! Le cosmopolitisme est un éloge de la différence, le refus des œillères communautaristes, mais aussi un culte à l’effort continu pour mettre les peuples en diapason sur les rives du progrès! Le monde s’offre à nous. Il est plein d’opportunités, mais souffre de partout. Commençons par l’améliorer ici, en Haïti. Il n’y a pas meilleur entraînement.

Lettre d’un chômeur à son amante

saint_valentin_juratourism
(c) jura-tourism

 

Mon amour,

Quelque enthousiaste que je serais à l’approche de la St Valentin, ne pourrais-je pour autant empêcher l’étiolement du voile de notre quotidien, laissant transparaître depuis deux ans au rythme de nos manques, les reliques d’un amour fatigué, s’étranglant à petit feu.

Le chômage s’est introduit sous nos draps. Il a rafraîchi nos baisers, frigorifié nos ébats.

Quel effort pourtant n’avions nous pas consentis ? Ne sommes nous pas licenciés? Fallait-il que tu acceptes cette forme de prostitution déguisée qui consiste à être à la fois employée et maitresse? Fallait-il que je me prête à la réconfortante mode de la relativité morale ambiante et troquer ma dignité contre une relative prospérité ?

Les vertus ici s’arrêtent aux portes des intérêts! Et l’amour n’est plus qu’un tonneau vide déambulant sur le boulevard des faux semblants. L’État se résume au pillage, gaspillage et maquillage de développement! La création d’emploi s’arrête là où la famille et les amis avares ont trouvé quelques satisfactions.

Toutefois, que ce tableau désolant ne nous prive d’y peindre ce 14 février en lettres roses les traits éternels de notre amour. Et de l’espoir, à la grandeur de l’histoire tumultueuse de notre cher pays. Haïti finira par se relever. Nous finirons par trouver du travail et notre histoire de ses cendres scintillera!

Je t’aime.

Max