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Taisez cette opinion que je ne saurais entendre

L’assistance, comme un acteur stoppé net en pleine action, transformé en statue, s’est figée. Une bonne dizaine d’yeux vifs, lançant des éclairs muets, le fixe avec gêne et stupéfaction. Une brume obscurcit son esprit. Le monde s’est arrêté. Rien ne bouge. Seul bruit perceptible. Le ronron du climatiseur déversant sur la salle un froid de pôle Nord. Il sent une sueur froide lui parcourir l’échine. Sans savoir pourquoi, sur l’écran plasma diffusant en boucle, le titre du spectacle de la soirée, il semble lire, ce qui est hautement improbable, ces mots de Kery James. « Les mots ont un poids. L’intelligence sert de balance. Pèse-les, analyse les causes et anticipe leurs conséquences ! »

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Digicel stars : quand le capital prime sur la liberte d’expression

digicel starsLa logique capitaliste veut que la seule morale soit le profit. Les initiatives des entreprises sont souvent honteusement calculées en fonction du dividende qu’elles vont en tirer en aval. Le profit n’est pas exclusivement financier. Celui-ci peut prendre des formes beaucoup plus subtiles comme la réputation par exemple. Sachant que certains clients sont plus prompts à s’engager avec une entreprise réputée morale qu’avec une autre aussi perverse, mais moins pressée à s’ACHETER une conduite.

Ainsi, certaines grandes entreprises engrangeant des millions de dollars en Haïti se voient contraintes d’enjoliver leurs images en investissant une infime partie de leurs bénéfices dans des activités humanitaires et/ou sociales. Alors que d’autres, plus malin, feignent l’humanitaire ou le social pour entreprendre de véritables activités parallèles qui vont à leurs tours les permettre d’amasser considérablement d’argent par rapport à leurs activités principales. La compagnie de téléphonie mobile DIGICEL combine les deux techniques.

Parmi leurs nombreuses activités, consistant à construire des écoles, sponsoriser le football ou les groupes musicaux avec la Fondation éponyme, ils ont entrepris avec Digicel Stars, un concours de vote/talent plébiscité partout à travers le pays pour mettre, disent-ils, en valeur le talent des Haïtiens. Chaque année, de jeunes Haïtiens, ennes, sont invités à y participer en faisant valoir moins leurs aptitudes à chanter que leurs capacités à réunir le plus de votes possible pour passer les semaines et éventuellement gagner le concours. La Digicel s’associe à plusieurs autres groupes à titre de sponsors comme le fabricant de smartphones BlackBerry pour réaliser l’évènement. Je suis convaincu que les millions que rapportent les votes suffiraient à faire tourner le concours.

Mon propos ici n’est pas de critiquer l’initiative, qui de mon point de vue même en rapportant beaucoup d’argent tout en assurant un maximum de visibilité a la compagnie, n’est pas moins louable. Ce qui me choque et que je trouve particulièrement scandaleux, c’est que les chaînes de télévision nationales et locales soient contraintes par la compagnie de diffuser le programme gratuitement dès que la Digicel a préalablement un contrat de spot publicitaire avec elle. Ce faisant, ce sont les chaînes qui payent en sacrifiant des heures de leurs programmations pour diffuser le concours sans qu’elles n’aient rien à tirer en retour.

C’est d’autant plus révoltant quand on sait que les chaînes voulant garder une certaine indépendance et être objectives dans leur démarche qui est de servir la population sans les intoxiquer avec les propagandes pros ou contre le gouvernement existent presqu’exclusivement grâce aux spots commerciaux. En choisissant, comme certaines chaînes dans le sud du pays (Tele Caramel par exemple), de ne pas diffuser le programme gratuitement, ils s’exposent corollairement à ne pas voir leurs contrats renouvelés avec la compagnie. Chantage, non?

Que resterait-il d’heure de programmation dans nos télés indépendantes si chaque entité commerciale ayant un contrat de publicité avec elles décidait parallèlement de les contraindre à diffuser gratuitement leurs programmes respectifs ?