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La voix du peuple haïtien n’est pas la voix de Dieu… et c’est inquiétant !

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Pouvoir du peuple – (c) teryndriver.files.wordpress.com

Quelque croyant que l’on puisse être, l’évidence nous force à admettre que l’homme, dans un mouvement de projection de sa personne, crée souvent son Dieu à son image. Dès lors, on comprend pourquoi certaines divinités antiques et contemporaines sont rancunières, méchantes, djihadistes ou intolérantes. Le placement de ses travers dans une transcendance semble conforter l’homme dans son incongruité quand ce n’est sa bestiale cruauté. Continuer la lecture de La voix du peuple haïtien n’est pas la voix de Dieu… et c’est inquiétant ! 

Élections mortelles

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La simple évocation de la démocratie n’en fait pas une réalité, en ce sens que le système se donne à voir par la matérialisation de ses différents éléments. Ainsi, l’organisation honnête et périodique d’élections est une nécessité absolue à la mise en place et la pérennisation de tout système se revendiquant comme tel.

Pourtant, un terrible paradoxe poursuit cette vérité en Haïti depuis la chute de la dictature des Duvalierle 7 février 1986 : l’élection tue ! Encore lors des dernières joutes électorales de 2011 ayant porté dans la controverse M. Martelly à la tête de l’État, des citoyens et des biens publics et privés ont été engloutis à tout jamais dans la violence.

Cette violence gratuite ne s’attaque pas qu’au matériel, mais vise et atteint par extension l’idée, ou l’idéal démocratique. Conséquemment donc, c’est la démocratie naissante qui s’étouffe et se meurt de ces sempiternelles scènes sanglantes postélectorales.

C’est mal parti

Le pire, c’est que rien n’est fait pour définitivement briser ce cercle macabre et infernal. 2015 est consacrée année électorale. Il faut dire que ces élections devraient être organisées depuis près de 4 ans. Alors même que nous traînons cette tradition peu reluisante, on ne sent pas les actions imprégnées de cette volonté morale, responsable et citoyenne de tirer les conséquences des errances du passé pour construire l’avenir.

Déjà les contestations pleuvent et l’opprobre est jeté sur le Conseil électoral soupçonné d’être à la solde de l’exécutif. Déjà le dialogue est simulé quand les décisions sont déjà actées en amont. Déjà la mort se prépare alors que les élections devraient être les fleurs odorantes de l’arbre démocratique.

Haïti est en danger

Depuis environ trois ans, l’administration en place devait constitutionnellement organiser des élections législatives dans le pays. Seulement, c’était sans compter la phobie chronique attribuée au président pour cet exercice. Si bien que le 12 janvier 2015, le Parlement risque d’être « constaté caduc ». Une hypothèse qui permettra au chef de l’État de diriger par décret.

La République tire la sève de son existence des élections ! Libres, honnêtes et transparentes, elles se doivent de renouveler le personnel politique sous la seule bénédiction du peuple. Avec la séparation des pouvoirs, la laïcité, le respect des droits fondamentaux de la personne humaine…, elles forment les caractéristiques intrinsèques de la démocratie contemporaine.

Toute cette construction encore fragile forgée au fer rouge dans l’os et le sang des victimes de la dictature duvaliériste risque de partir en fumée si le plan machiavélique d’un autre temps du commandant en chef venait à se matérialiser. Car, diriger par décret en Haïti est une curiosité institutionnelle confiant les rênes du pouvoir législatif entre les mains de l’exécutif.

Pour quelqu’un élevant l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier, accusé de crimes contre l’humanité, mort sans avoir expié ses crimes non jugés*, au rang de fils digne de la patrie, cette occasion serait unique pour étancher sa soif de diriger, affranchi de la laisse gênante du Parlement. Avec un pouvoir judiciaire dont l’indépendance est aussi rigide que la tige d’un roseau, c’est notre place même dans le rang des nations civilisées qui s’en trouve menacée.

L’heure est donc grave. Le monstre du totalitarisme a pris un coup sévère en 1987**. Mais il n’en est pas mort. Ses blessures quoique profondes ont trouvé dans la nostalgie dictatoriale de ses partisans matière à rémission. Il rampe aujourd’hui vers nous. Et menace de tout renverser sur son passage. Allons nous laisser faire ?

* Il a même failli avoir des funérailles nationales n’était-ce les protestations des victimes et les pressions de la communauté internationale
** Année de la chute du dictateur Jean-Claude Duvalier

Peuple, investissez vos tribunaux

(c) http://francais.islammessage.com/
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Si la justice valeur constitue cet idéal lointain reluisant de grâce, la justice institution censée l’incarner inspire plus de craintes qu’elle n’attire. On redoute d’avoir affaire à elle. Dans la pratique, on s’éloigne des tribunaux. Et les raisons suffisantes ne manquent pas : pas assez de de temps, non lucrativité, activité qui sied plus aisément aux professionnels du droit qu’au citoyen lambda, etc. On tergiverse !

Pourtant, jamais telle initiative n’a été autant nécessaire à la pérennisation de la Justice, donc, du vivre ensemble. Abandon de la « justice privée » n’est pas synonyme d’abandon total de cette prérogative essentielle à une entité humaine par nature dont les acteurs principaux bien que parfois fort talentueux se perdent souvent en chemin.

L’institution du débat public dans les tribunaux est à la démocratie ce que l’eau fraîche est au voyageur dans le désert brulant du Sahara : une nécessité. Elle protège l’honnête homme contre la tyrannie des juges et aussi de la lâcheté des avocats. Participer à ces séances est par conséquent un devoir citoyen dont les bienfaits sont indénombrables. Parmi eux, l’affirmation limpide de son engagement envers la bonne marche de la justice. De près, on peut côtoyer ses travers, épouser ses incohérences afin de mieux appeler à s’en divorcer.

En plus, l’exercice du droit, dans le prétoire notamment, est une activité aussi sérieuse qu’instructive. Assister aux débats est s’offrir une possibilité de faire connaissance avec les règles régissant notre société. Nemo* censetur ignorare legem.

La solidarité dans certains procès peut, par ailleurs, grandement influer sur la décision finale. Être aux côtés d’une victime de viol lors du jugement par exemple est doublement significatif : d’une part, c’est récuser fermement l’infamie et d’autre part, soutenir la victime dans sa démarche de réhabilitation. Le courage d’en parler vient parfois de la certitude qu’on n’est pas tout seul.

La justice humaine est capricieuse. Elle ne meurt pas de la publicité. Elle s’en renforce. Peuple, n’abandonnez pas vos instances de jugement au risque de les voir se fourvoyer en chemin et d’être pris au dépourvu quand viendra le temps d’en faire l’expérience. Investissez vos tribunaux ! Au moins de temps en temps.

* Nul n’est censé ignorer la loi