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Un Haïtien à Gorée

Á la porte du non-retour
Á la porte du non-retour

C’est libre comme la brise que je me suis rendu à Gorée. Cette île où tant de destins se sont fracassés. Où la mer disputait avec l’horizon l’horreur de l’arrachement, du déracinement. J’ai visité La maison des Esclaves, sur cette toute petite île, haut lieu symbolique de l’histoire tragique. Bâillonnés, entassés, privés de dignité et d’humanité, combien de mes ancêtres ont passé la porte du non-retour ? Combien ont ici succombé, refusant de quitter l’alma mater ? Comment compter ceux-là qui ont préféré dès la genèse de ce commerce contre nature les délices d’une baïonnette dans leurs entrailles altières ou l’hospitalité des profondeurs océaniques ? Que dire de ces téméraires avant-gardistes qui ont refusé de se laisser emporter par cette saignée qui pendant des siècles posera les jalons de l’appauvrissement du continent et de l’abomination qu’est la hiérarchisation des groupes humains ; une abomination ancienne aux souffrances si actuelles. Continuer la lecture de Un Haïtien à Gorée 

Quand la technologie nous asservit

(c) orthophonie.org
(c) orthophonie.org

Si l’on en vient à taire pour un temps le bouillonnement général et la hâte qui caractérise notre époque, pour réfléchir, on constaterait comment l’homme, dans sa paresse et son manque de courage s’évertue toujours à « se mettre sous tutelle ». Alors, on comprendra pourquoi l’opuscule « Qu’est-ce que les lumières » de Kant est d’une brûlante actualité.

Je choisis pour illustrer mon propos cette quête aveugle de minorisation caracteristique de la frénésie technologique de cette génération alors même que la démocratie et la libéralisation economique promettent le contraire.

En effet, comme l’a souligné Alain Damasio, l’homme du 21e siècle ne cesse de déléguer sa puissance à la machine. La technologie, dit-il, vient outiller la paresse humaine.

Or, cette délégation de plus en plus importante va de pair avec une perte de la puissance d’agir par soi-même. Entre nos voitures, nos GPS et Internet, plus personne n’a le temps de marcher, de s’orienter ou de réfléchir par lui-même.

A ce stade, la religion n’est pas si différente de la technologie. Elle prend sur elle les turpitudes de l’existence en promettant à l’homme, malheureux et désarmé, une vie meilleure dans l’au delà. Fort de cette hypothétique promesse, ce dernier, souvent, oublie de vivre ici et maintenant.

Le progrès s’arrête là où commence l’excès. Remettre l’homme au centre de la démarche technologique et ne pas se laisser guider par les horizons déshumanisantes du pseudo-humain au cerveau carburé au lithium est urgent pour garder le contrôle sur nous-mêmes et sauver notre espèce.

La prostitution, métier ou esclavage ?

(c) theprisma.co.uk
(c) theprisma.co.uk

Une femme a un jour répliqué à Jean-Luc Mélenchon* qui se demandait si l’abolition de la prostitution était ou non une position juste : « Pour répondre à ta question, demande toi si tu proposerais la prostitution comme métier à ta compagne, ta mère, ou ta fille ? Oui ou non ? Pourquoi ce dont tu ne voudrais en aucun cas pour les tiens le proposerais tu aux autres ?

A la manière d’un politicien, j’ai longtemps enrichi mes propos de nuances et bâti des stratégies astucieuses pour ne pas avoir à me prononcer sur la prostitution. Ma retenue était aussi nourrie par le désir de ne pas changer d’avis si en aval, mes réflexions me conduisaient à prendre une position contraire. Craignant l’usure, j’ai toujours préservé jalousement mon « droit de me contredire ».

La repartie de cette dame a interpellé en moi des convictions aussi profondes que fondamentales. Non. Jamais je ne proposerais la prostitution à quiconque. Encore moins à mes proches. Non, définitivement pour moi, la prostitution ne peut être un métier « normal ».

Être amené a l’extrémité qui consiste à monnayer son corps est pour l’humaniste que je suis d’une violence insoutenable**. La détresse qui caractérise ces rapports sexuels « tarifés » exclut l’exercice de toute liberté. Des prostitués*** en situation économique délicate ne se tournent vers le plus vieux métier du monde que par la contrainte et l’échec d’un système politique qui n’a pas su leur offrir d’alternatives viables.

Que dire de celles ou de ceux qui s’y livrent par subversion ?

Certaines femmes, c’est d’ailleurs une thèse soutenue par quelques féministes, feraient de la prostitution pour se rebeller. Prendre leurs revanches sur une société policée contraignant la femme dans ses choix même les plus intimes. De là, je me demande comment peut-on rester maître de son corps tout monnayant son usage ? En quoi est-ce que l’objetisation du corps humain en « gadget sexuel » est-elle conforme à l’idéal d’émancipation féministe ?

On se targue souvent d’être libre quand les ficelles de nos actions sont invisiblement tirées par des mécanismes complexes qui nous échappent. On pétarade de la possession d’un vent. Comme l’a dit le poète Souleymane Diamanka, faire l’amour, c’est ne plus ressentir la différence entre donner et prendre du plaisir. Dans la prostitution il n’y a pas cet aller-retour. Il n’y a qu’égoïsme et traumatisme contre argent. Peut-on en toute bonne foi appeler cela travailler ?

* Personnage politique français
** J’aurai à clarifier ma pensée prochainement, notamment en ce qui consiste à savoir s’il faut ou non protéger les dits travailleurs (ses) du sexe.
*** Homme ou femme