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Rendez-nous notre argent Monsieur Hollande !

French President François Hollande (2nd L) and of the Regional Council of the French overseas department of Guadeloupe Victorin Lurel (3rd R), flanked by Minister for Ecology, Sustainable Development and Energy Segolene (2nd R) and Culture Minister Fleur Pellerin (R), inaugurate the Memorial ACTe, the Caribbean Centre of Expression and Memory of Slavery and the Slave Trade, in Point-a-Pitre, designed by architects Pascal Berthelot, Jean-Michel Mocka-Celestine, Fabien Dore and Michael Marton on May 10, 2015 the National Day for the Abolition of Slavery and the Slave Trade in France. Francois Hollande is on a five-day visit to the Caribbean, including Martinique, Guadeloupe, Cuba and Haiti.  AFP PHOTO / NICOLAS DERNE
AFP PHOTO / NICOLAS DERNE

Le 10 mai 2015 a eu lieu à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) l’inauguration du « Mémorial ACTe » à l’occasion de la 10e journée nationale des « mémoires de la traite et de leurs abolitions ». Il faut souligner que la France est le seul pays européen parmi ceux qui se sont enrichis grâce à l’esclavage à le reconnaître comme crime contre l’humanité.

Lors de cette cérémonie, François Hollande le président français, a adressé un message aux Haïtiens : « Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai la dette que nous avons ». Des propos qui ont soulevé une salve d’applaudissements, mais que son entourage s’est empressé de clarifier, il s’agissait d’une « dette morale ». Subtilité sémantique qui a balayé d’un revers de mots l’espoir de différentes organisations militant pour le devoir de mémoire, et l’indemnisation des anciennes colonies que la France a si bien pris plaisir à sucer, jusqu’à les réduire à néant.

Deux ans plus tôt,  le 10 mai 2013, François Hollande a parlé d’« Impossible réparation ». Citant Aimé Césaire, il avait alors déclaré  : «Il y aurait une note à payer et ensuite ce serait fini ? Non, ce ne sera jamais réglé ».

Ce qui m’exaspère le plus, c’est la mauvaise foi et le déni de l’exceptionnalité du cas haïtien. Comme la majeure partie des descendants d’esclaves, je crois que la dette est en effet morale et que ces blessures demeurent vives, indifférentes aux baumes des discours et du temps. Ce serait malsain de croire qu’une compensation financière suffirait à effacer les drames et souffrances qu’ont engendrés la traite et l’esclavage.

Rappelons la situation: la révolution haïtienne est la première révolte d’esclaves réussie dans le monde moderne. En 1804, corollairement au combat combien glorieux et courageux de nos aïeux, on a repoussé héroïquement la première puissance militaire du monde de l’époque et fondé la première République noire libre du monde.

En 1825, soit 21 ans après, Jean-Pierre Boyer, dans le souci d’une reconnaissance de l’indépendance acquise par la « sueur et le sang » se tournera vers Charles X qui contraindra nos compatriotes à verser à titre d’indemnisation 150 millions de francs-or à la France.

Double paradoxe puisque primo, on ne paie pas sa liberté, et secundo, cette liberté était déjà acquise. Pour obliger Boyer à signer, Charles X impose au pays un violent embargo. Acculée, la Perle des Antilles n’avait pas le poids géopolitique nécessaire pour entrer en confrontation directe avec la France.

Les conséquences de cette « dette criminelle » et l’embargo sont désastreuses pour le pays. Instauration de la corvée. Désastre écologique. Emprunt de grosses sommes à Paris qu’il faut rembourser avec les intérêts, etc. En 1838, le roi Louis-Philippe réduit les indemnités à 90 millions, le tout est soldé en 1883.

Lorsque les Haïtiens, petites filles et petits-fils d’esclaves évoquent le remboursement, ce ne sont pas des torts évidents que la traite, l’asservissement, l’humiliation ont fait à l’humanité dont ils parlent, mais plutôt de cette « dette de la honte » infâme et inhumaine qu’on nous a forcée à payer.

Aimé Césaire ne voulait pas, à raison, entendre parler de compensation à propos de l’esclavage. Les souffrances et humiliations qu’ont subies nos ancêtres et l’humanité ne sauraient en effet être monnayées.

Cependant M. Hollande, la dette de 1825 de la France envers Haïti en question n’est pas une réparation pécuniaire contre l’esclavage, elle est purement financière. L’obligation morale envers Haïti et les autres pays à jamais marqués des séquelles de l’esclavage peut toujours être reconnue; la contrition honore votre pays! Quant à l’argent versé sous le chantage pour une prétendue indemnisation, il n’est pas moral, cher président, il doit être « restitué »: 17 milliards d’euros. RENDEZ- NOUS NOTRE ARGENT!

Anorexie : d’un extrême à l’autre

 

(c) staragora.com
(c) staragora.comité

Toute bonne idée est la bienvenue en matière de santé publique. En ces temps où effectivement, l’imaginaire collectif est travaillé, même agressé par une obsession du maigre comme canon indépassable de la beauté, l’éducation et même la philosophie ont beaucoup à faire pour promouvoir l’acceptation de soi, tant qu’elle ne nuit pas au bien-être physique.

En revanche, il me semble que cette frénésie législative consistant à vouloir légiférer sur tout et en tout emprisonne l’individu et atrophie la société. Appliquée à l’indice de masse corporelle (IMC) des mannequins, mon avis, c’est qu’on est en train de passer d’un extrême à l’autre. D’un diktat capitaliste donc irresponsable, ce qui d’ailleurs est un pléonasme, à un diktat sociétal, légal et donc plus contraignant.

Ce n’est pas à la société de définir les critères de normalité en matière de beauté ou de poids. Chacun doit être libre de faire ce qu’il veut tant que cela ne nuit pas à autrui. Je comprends le désir de réprimer les employeurs qui OBLIGER-AIENT les mannequins à s’amincir, mais une loi pour interdire à quelqu’un de s’affirmer au monde professionnellement de la manière qui lui plaît m’est insupportable.

Les gens ne mangent pas assez de fruits et de légumes, quelle est donc la solution ? Publier une loi pour les obliger à le faire ? L’abus de l’alcool nuit à la santé, va-t-on emprisonner ceux qui forcent sur la bouteille, même en privé ?

En plus, que fera-t-on de ceux qui naturellement ont un IMC très faible ? Et ceux qui sincèrement préfèrent une silhouette anorexique épaisseur feuille de papier ? Ils n’ont pas le droit de travailler ? Ils n’ont pas le droit d’être tout simplement ? Interdira-t-on les sites internet étrangers où justement il n’est pas illégal d’être maigre à l’extrême et mannequin ?

A un moment, il faut cesser les fuites en avant et prendre la mesure de nos responsabilités ! La solution au problème de la maigreur excessive réside plus dans L’ÉDUCATION, la discipline alimentaire qu’il faut encourager et des politiques publiques adéquates que dans l’illusion selon laquelle l’interdiction est la solution à tout !

Bonne année 2015

Une vue de la Cathédrale Saint Louis de Jérémie, ma ville natale
Une vue de la Cathedrale Saint Louis de Jeremie, ma ville natale

Récemment sur le plateau de mon émission « Grand débat de 20h », j’affirmais qu’avec cet outil formidable qu’est Internet, ma génération est en train de s’approprier de la « chose politique ». En plus, elle cesse de mesurer son quotidien à l’aune des turpitudes existentielles haïtiennes et de la tartufferie de nos dirigeants. Elle se compare. Pas seulement à Beyoncé. Mais elle voit aussi le niveau de démocratie de pays comme la France et les États-Unis. Ainsi, mesure-t-elle l’immensité du travail restant à accomplir afin de hisser nos couleurs dans le hall des pays viables où il fait bon de vivre. Voilà mon premier souhait pour 2015. Que les jeunes haïtiens soient plus présents sur les réseaux sociaux, les blogs et les sites d’information. Le printemps haïtien sera jeune. Et c’est pour bientôt.

Cette année a été extraordinaire. J’ai renforcé mon implication sur le terrain, à la télé et sur ce blog. Aussi impensable que cela puisse paraitre pour mon père, des centaines de personnes ont pu lire mes publications ! Donc, le monde change. La liberté s’approprie des espaces jusque là inconnus. Ce blog en est une illustration.

Par ailleurs, certains ont pu être déconcertés par l’extrême éclectisme de mes billets. C’est surtout dû à la variété infinie des sentiments qui me traversent à 22 ans. Merci de me lire. De commenter et de me conseiller. Je suis un projet de perfection. Mon seul but est de ne pas m’en éloigner.

Cela dit, 2015 sera ma dernière année de licence en Sciences juridiques. Après, viendra la soutenance de mon mémoire déjà en préparation. Je vois d’ici-là mon avenir dans la défense des Droits humains. Témoignages contemporains vivants d’un sursaut commun contre la barbarie.

À tous ceux qui ont élargi ma vision d’un monde juste et pacifié, qui m’ont parlé, ignoré, aimé, détesté, énervé et rendu fier en 2014, sachez que vous avez porté une pierre à la construction de l’édifice d’une existence qui se cherche. Une existence qui en vaut la peine puisque toute vie humaine en vaut la peine. Je vous souhaite une heureuse et fructueuse année 2015. Trouvez la paix et soyez-en un soldat. Une vie n’est utile qu’au service d’autrui.

Merci à l’équipe MONDOBLOG pour son soutien renouvelé. Aux blogueurs inestimables de la plateforme. Traçons ensemble dans le roc du défi, des préjugés et déterminismes, nous les défenseurs de la parole libre, les contours d’un possible agréable pour tous !

On reste ensemble.

Widlore Mérancourt

22.12.2014

Qui prendre pour modèle en Haïti ?

Dany Laferriere - (c) lenouvelliste.com
Dany Laferriere – (c) lenouvelliste.com

Le syndrome de la feuille blanche noircit mon jugement chaque fois que l’envie me prend d’écrire sur ma génération. Pourtant, le propos de ce billet est simple et positif : les jeunes en Haïti ne manquent pas de modèles. Je sais que c’est le raccourci privilégié pour expliquer pourquoi certains d’entre nous confondent bêtise et intelligence, préfèrent l’incontinence, la débauche au dur labeur. Mais je vois autour de moi trop de repères pour laisser cette conclusion obstruer la réalité qui s’offre à moi dans toute sa splendeur. Continuer la lecture de Qui prendre pour modèle en Haïti ? 

Lettre à mon ami homo

(c) tpe-homosexualite-2011.e-monsite.com/
(c) tpe-homosexualite-2011.e-monsite.com/

Cher ami,

Ce n’est point par proximité affective ni désir de verser dans la controverse, mais plutôt par l’affirmation de mon engagement ferme sur le pacte républicain, promesse d’équité et d’égalité, que je me désolidarise de l’injustice que tu subis.

La liberté est la pierre angulaire de toute société. Toute restriction greffée sur elle ne saurait être acceptable que si de nature à assurer le bonheur de tous! Aussi, aucun être humain ne devrait se voir dicter ses comportements, ses inclinations ou la façon de s’affirmer au monde dans aucune communauté démocratique sans se voir confisquer l’essence de son existence qui est ce bien fondamental.

Cela dit, mon engagement contre les insultes, harcèlement, marginalisation et violence physique dont tu es l’objet ne saurait être interprété comme adhésion ou même préférence pour tes choix ! Loin de là. Qui suis-je pour te juger ? Mais plus encore, de quel droit aurais-je mon mot à dire sur tes passions intimes ?

Quand la religion s’aventure hors des cadres de la réglementation égalitaire sociale, la seule qui prévaut pour tous, elle parcourt des sentiers périlleux où la tyrannie, le rejet de l’autre et l’intolérance élisent domicile. Je rêve d’une société où la différence, loin d’être pathologique, serait un baume appliqué sur notre mal à être tous ensemble dans la paix !

Cher ami, de grâce, ne te rabaisse pas à l’exercice qui consiste à répondre le mal par le mal. Les moyens doivent au long de la quête honorer la fin ! Liberté. Égalité. Fraternité. Droits de l’homme. État de droit… Voilà tes repères.

Avec l’espoir de voir poindre à l’horizon la silhouette réconfortante de la garantie d’être différent dans la dignité, reçois toute mon affection.

Widlore Mérancourt
4 novembre 2014
Cayes, Haïti