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Non ! Donner aux pauvres n’encourage pas la mendicité

(c) pixabay com
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Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de rage. Cette assertion, sage et populaire, illustre parfaitement le poids des mots dans le façonnement du réel. La noyade du chien est d’abord sémantique et discursive avant d’être réelle et inhumaine. La mise à l’écart ici se situe à l’antichambre de l’irréparable. L’accusation, souvent infondée, est une licence accordée pour torturer, trucider et égorger. Tout ceci en se séparant de sa victime. Les mots dans ce cas construisent une frontière, une barrière protectrice de la bonne conscience, car le mal aime à s’inventer des raisons pour oublier sa déraison. Continuer la lecture de Non ! Donner aux pauvres n’encourage pas la mendicité 

Haïti : « Papa bon cœur », un slogan dangereux

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Bienvenue à Gressier Martelly « Papa Bon Coeur » le sauveur d’Haïti, je suis avec vous, 77 fois et 7 fois : « Tèt Kale »

A côté de l’inventivité ou du ridicule qu’ils peuvent révéler, les slogans en temps de campagne électorale sont un bon moyen de révéler les idéologies structurant la pensée des candidats que parfois, partage une bonne partie de la société.

Je me suis donc amusé à les lire, les répertorier et les analyser. La tendance qui s’est révélée majoritaire cette année (au moins pour le Sud) est le fait pour les candidats, sous des appellations différentes, de se décrire en père et mère de famille.

Dès lors, la société serait d’après la lecture qu’en ont faite ces derniers, une famille élargie avec des citoyens transformés en adolescents et des dirigeants cessant d’être sénateurs, députés ou présidents, mais de véritables « papas bon cœur ». Continuer la lecture de Haïti : « Papa bon cœur », un slogan dangereux 

Peuple, investissez vos tribunaux

(c) http://francais.islammessage.com/
(c) francais.islammessage.com/

Si la justice valeur constitue cet idéal lointain reluisant de grâce, la justice institution censée l’incarner inspire plus de craintes qu’elle n’attire. On redoute d’avoir affaire à elle. Dans la pratique, on s’éloigne des tribunaux. Et les raisons suffisantes ne manquent pas : pas assez de de temps, non lucrativité, activité qui sied plus aisément aux professionnels du droit qu’au citoyen lambda, etc. On tergiverse !

Pourtant, jamais telle initiative n’a été autant nécessaire à la pérennisation de la Justice, donc, du vivre ensemble. Abandon de la « justice privée » n’est pas synonyme d’abandon total de cette prérogative essentielle à une entité humaine par nature dont les acteurs principaux bien que parfois fort talentueux se perdent souvent en chemin.

L’institution du débat public dans les tribunaux est à la démocratie ce que l’eau fraîche est au voyageur dans le désert brulant du Sahara : une nécessité. Elle protège l’honnête homme contre la tyrannie des juges et aussi de la lâcheté des avocats. Participer à ces séances est par conséquent un devoir citoyen dont les bienfaits sont indénombrables. Parmi eux, l’affirmation limpide de son engagement envers la bonne marche de la justice. De près, on peut côtoyer ses travers, épouser ses incohérences afin de mieux appeler à s’en divorcer.

En plus, l’exercice du droit, dans le prétoire notamment, est une activité aussi sérieuse qu’instructive. Assister aux débats est s’offrir une possibilité de faire connaissance avec les règles régissant notre société. Nemo* censetur ignorare legem.

La solidarité dans certains procès peut, par ailleurs, grandement influer sur la décision finale. Être aux côtés d’une victime de viol lors du jugement par exemple est doublement significatif : d’une part, c’est récuser fermement l’infamie et d’autre part, soutenir la victime dans sa démarche de réhabilitation. Le courage d’en parler vient parfois de la certitude qu’on n’est pas tout seul.

La justice humaine est capricieuse. Elle ne meurt pas de la publicité. Elle s’en renforce. Peuple, n’abandonnez pas vos instances de jugement au risque de les voir se fourvoyer en chemin et d’être pris au dépourvu quand viendra le temps d’en faire l’expérience. Investissez vos tribunaux ! Au moins de temps en temps.

* Nul n’est censé ignorer la loi

Haïti : la vérité sur l’évasion de «Croix-des-Bouquets»

 

Clifford Brandt, présumé criminel Régional
Clifford Brandt, présumé criminel régional en cavale puis appréhendé par la police.

Pas moins de 300 détenus se sont évadés dimanche 10 août 2014 de la prison de Croix-des-Bouquets après une attaque conduite par des inconnus lourdement armés. N’en déplaise aux déclarations du président haïtien, cette énième évasion est bel et bien la résultante des inconséquences ou pire (le ciel nous en préserve), de la complicité des dirigeants en place, donc, de l’Etat. Mais, loin de me préoccuper du sort personnel de certains criminels dont la sombre renommée finira par condamner à la cavale et à l’anonymat, une perspective d’existence qui n’en est pas une, cette évasion interpelle le juriste que je suis pour au moins trois raisons.

  1. La prison est censée protéger la société des écarts jugés inacceptables de certains de ses membres. Écarts entraînant une privation de la liberté, supposée punir et corriger le délinquant. D’où son rôle second de cure contre la récidive. Bien que le débat sur la réelle nécessité de ces hauts lieux agite depuis des lustres nos sociétés, la prison reste le seul moyen à disposition du corps social pour défendre ses valeurs et permettre le nécessaire vivre ensemble. Si on peut se plaindre que la question fondamentale sur la réinsertion de l’ancien délinquant soit rarement posée en Haïti, la détention ne représente pas moins l’épée tranchante entre les mains de mère justice dont les yeux à moitié bandés favorisent l’illusion de son effectivité. En relâchant à répétition des prisonniers, dont certains sont de dangereux marginaux et des criminels récidivistes,  c’est l’existence même d’un appareil judiciaire en Haïti qui est mise en cause.
  2. Par ironie ou inconscience, le sort veut que la police nationale lance encore son traditionnel appel au soutien de la population pour dit-on remettre les malfrats sous les verrous. Une nécessité de mon point de vue. Seulement, comment voulez-vous que je dénonce un criminel avec la quasi-certitude qu’il peut ne pas purger sa peine soit à la faveur d’accointances politiques, de juges corrompus ou au bénéfice d’une de ces sempiternelles casses de prison ? Quel sort réservera une âme endurcie par la surpopulation et l’inhumanité de nos geôles à ses délateurs, ses juges et les avocats de la partie adverse ?
  3. En ces temps où la mémoire semble être un confort oppressant pour nos valeureux hommes politiques, plus que jamais l’éducation devrait orienter les choix du peuple lors des prochaines élections loin de l’amateurisme qui établit son quartier général dans les sphères publiques. Car, entendre un ministre se justifier en déclarant que ce n’est pas la première fois qu’il se passe une évasion dans nos prisons, le supporter et prendre le Canada, constructeur de la prison, en exemple récent est d’une incohérence révoltante.

Une prison qui déshumanise est une industrie de délinquants. Une prison qui libère des individus en dehors des exigences légales assassine la démocratie. Pourquoi des peines de prison ? Comment concilier peine et droits de l’homme ? Comment éviter la récidive ? Comment faire de la prison un espace d’apprentissage des valeurs communes ? Entre irresponsabilité et absence flagrante de réflexion, plus que jamais ces interrogations sont nécessaires à la construction effective de l’Etat de droit.