Archives du mot-clé michel Martelly

Pourquoi le 7 février 2016 restera dans l’histoire ?

Martelly_michel_7fevrier2016_haiti
Michel Martelly, ancien président d’Haïti

À mesure qu’on prend le chemin inverse des quelques rares hôtels de luxe construits après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, les motifs de joie s’amenuisent. Le panorama de la misère est glauque et effrayant. Les tentes et habitats de fortunes plantés en plein cœur de la capitale dissimulent mal une grave crise de logement dont les prémisses dépassent l’administration Martelly. À l’intérieur de ces taudis déprimants, des enfants végètent dans l’insalubrité, la fièvre Zika et son cortège d’encéphalie et de dysfonctionnements cérébral sont à l’affût, la sous-alimentation assèche les tripes et le fléau de la drogue encore mal documenté anesthésie les consciences. Michel Martelly n’a ni résolu ni ébauché un début de solution au problème de l’habitat. Encore une crise qu’il passera « sans regret, sans envie et sans attaches » au gouvernement qui le succédera. Continuer la lecture de Pourquoi le 7 février 2016 restera dans l’histoire ? 

Quand une Constitution démocratique consacre la dictature…

constitution_haiti_rapadoo

L’exception et la règle ne peuvent s’exclure. Elles évoluent dans le cadre d’un rapport dialectique. Cependant, il y a des exceptions qui naissent d’une volonté de mépriser la règle, de lui enlever son bien-fondé jusqu’à la dénaturer. Continuer la lecture de Quand une Constitution démocratique consacre la dictature… 

Rendez-nous notre argent Monsieur Hollande !

French President François Hollande (2nd L) and of the Regional Council of the French overseas department of Guadeloupe Victorin Lurel (3rd R), flanked by Minister for Ecology, Sustainable Development and Energy Segolene (2nd R) and Culture Minister Fleur Pellerin (R), inaugurate the Memorial ACTe, the Caribbean Centre of Expression and Memory of Slavery and the Slave Trade, in Point-a-Pitre, designed by architects Pascal Berthelot, Jean-Michel Mocka-Celestine, Fabien Dore and Michael Marton on May 10, 2015 the National Day for the Abolition of Slavery and the Slave Trade in France. Francois Hollande is on a five-day visit to the Caribbean, including Martinique, Guadeloupe, Cuba and Haiti.  AFP PHOTO / NICOLAS DERNE
AFP PHOTO / NICOLAS DERNE

Le 10 mai 2015 a eu lieu à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) l’inauguration du « Mémorial ACTe » à l’occasion de la 10e journée nationale des « mémoires de la traite et de leurs abolitions ». Il faut souligner que la France est le seul pays européen parmi ceux qui se sont enrichis grâce à l’esclavage à le reconnaître comme crime contre l’humanité.

Lors de cette cérémonie, François Hollande le président français, a adressé un message aux Haïtiens : « Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai la dette que nous avons ». Des propos qui ont soulevé une salve d’applaudissements, mais que son entourage s’est empressé de clarifier, il s’agissait d’une « dette morale ». Subtilité sémantique qui a balayé d’un revers de mots l’espoir de différentes organisations militant pour le devoir de mémoire, et l’indemnisation des anciennes colonies que la France a si bien pris plaisir à sucer, jusqu’à les réduire à néant.

Deux ans plus tôt,  le 10 mai 2013, François Hollande a parlé d’« Impossible réparation ». Citant Aimé Césaire, il avait alors déclaré  : «Il y aurait une note à payer et ensuite ce serait fini ? Non, ce ne sera jamais réglé ».

Ce qui m’exaspère le plus, c’est la mauvaise foi et le déni de l’exceptionnalité du cas haïtien. Comme la majeure partie des descendants d’esclaves, je crois que la dette est en effet morale et que ces blessures demeurent vives, indifférentes aux baumes des discours et du temps. Ce serait malsain de croire qu’une compensation financière suffirait à effacer les drames et souffrances qu’ont engendrés la traite et l’esclavage.

Rappelons la situation: la révolution haïtienne est la première révolte d’esclaves réussie dans le monde moderne. En 1804, corollairement au combat combien glorieux et courageux de nos aïeux, on a repoussé héroïquement la première puissance militaire du monde de l’époque et fondé la première République noire libre du monde.

En 1825, soit 21 ans après, Jean-Pierre Boyer, dans le souci d’une reconnaissance de l’indépendance acquise par la « sueur et le sang » se tournera vers Charles X qui contraindra nos compatriotes à verser à titre d’indemnisation 150 millions de francs-or à la France.

Double paradoxe puisque primo, on ne paie pas sa liberté, et secundo, cette liberté était déjà acquise. Pour obliger Boyer à signer, Charles X impose au pays un violent embargo. Acculée, la Perle des Antilles n’avait pas le poids géopolitique nécessaire pour entrer en confrontation directe avec la France.

Les conséquences de cette « dette criminelle » et l’embargo sont désastreuses pour le pays. Instauration de la corvée. Désastre écologique. Emprunt de grosses sommes à Paris qu’il faut rembourser avec les intérêts, etc. En 1838, le roi Louis-Philippe réduit les indemnités à 90 millions, le tout est soldé en 1883.

Lorsque les Haïtiens, petites filles et petits-fils d’esclaves évoquent le remboursement, ce ne sont pas des torts évidents que la traite, l’asservissement, l’humiliation ont fait à l’humanité dont ils parlent, mais plutôt de cette « dette de la honte » infâme et inhumaine qu’on nous a forcée à payer.

Aimé Césaire ne voulait pas, à raison, entendre parler de compensation à propos de l’esclavage. Les souffrances et humiliations qu’ont subies nos ancêtres et l’humanité ne sauraient en effet être monnayées.

Cependant M. Hollande, la dette de 1825 de la France envers Haïti en question n’est pas une réparation pécuniaire contre l’esclavage, elle est purement financière. L’obligation morale envers Haïti et les autres pays à jamais marqués des séquelles de l’esclavage peut toujours être reconnue; la contrition honore votre pays! Quant à l’argent versé sous le chantage pour une prétendue indemnisation, il n’est pas moral, cher président, il doit être « restitué »: 17 milliards d’euros. RENDEZ- NOUS NOTRE ARGENT!

Haïti ou la tutelle (à peine) dissimulée

Militaire americains a Haiti - (c) lepoint
Militaire americains a Haiti – (c) lepoint

L’envie me prend d’imaginer, le temps d’une seconde, la réaction de la France et de ses médias, après qu’un ambassadeur américain, à un moment crucial de la vie nationale aurait foulé le sol de l’Assemblée nationale avec fracas. Tout ceci à grand renfort d’injonctions aux parlementaires  : « Restez-là! Ne vous déplacez pas. NOUS allons trouver une solution dans 30 minutes ».

Quel scandale! Quelle honte. La fierté nationale et l’âme français seraient proclamées en ces moments d’ingérences à grands renforts de manifestations saupoudrées de grandiloquentes déclarations les unes plus lyriques que les autres. J’imagine Jean Luc Mélenchon, je me représente Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy ou François Hollande.

Cette scène surréaliste s’est effectivement déroulée. Évidemment pas dans un grand pays comme la France mais à Haïti, dans la nuit du 11 janvier 2014. Cette île tumultueuse où la lutte fratricide, souvent mise en scène et toujours arbitrée par les intérêts de quelques puissants pays, a élu domicile.

Cette déclaration de la représentante des États-Unis en Haïti madame Pamela White à des parlementaires appelés à trouver une dernière solution à la crise électorale que traverse le pays depuis plus de 3 ans concentre en elle seule la teneur des rapports tissés par Haïti et ses bienfaiteurs grands amis depuis des décennies. Arrogante paternalisme et diktats des ambassades.

Cela dit, l’indépendance de pays émancipés du joug de l’esclavagisme est souvent un épouvantail brandi par des nationalistes exacerbés déconnectés du réel des enjeux et luttes d’influences économiques et géopolitiques. Ou par les pourfendeurs de la souveraineté sacrifiée afin de se sauver la face devant l‘incompatibilité manifeste de leurs déclarations et de leurs actes.

Cet ingérence est souvent justifiée, comme c’est le cas d’Haiti, par la pauvreté et l’extrême l’instabilité politique. En effet, depuis cette nuit du 11 au 12 janvier, constitutionnellement, il n’existe plus de Parlement dans le pays faute d’accord entre les protagonistes. L’exécutif, symbolisé par le président de la République M. Michel Martelly peut, comme son prédécesseur M. René Préval en 1991 diriger par décret.

Si comme tout haïtien, je suis choqué et indigné de cet affront fait au droit à l’autodétermination de tout peuple, de la violation effrontée et répétée de la constitution par ceux placés pour la défendre, de la concentration de fait entre les mains d’un seul homme de pouvoirs immenses, que l’émotion ne nous prive d’une lecture rationnelle de la conjoncture : la responsabilité de cette situation macabre est partagée ! D’abord entre des dirigeants aveuglés soit par leurs rigidités suicidaires ou leurs petits calculs politiciennes et la population qui s’obstine à porter au pouvoir des irresponsables.

Haïti est en danger

Depuis environ trois ans, l’administration en place devait constitutionnellement organiser des élections législatives dans le pays. Seulement, c’était sans compter la phobie chronique attribuée au président pour cet exercice. Si bien que le 12 janvier 2015, le Parlement risque d’être « constaté caduc ». Une hypothèse qui permettra au chef de l’État de diriger par décret.

La République tire la sève de son existence des élections ! Libres, honnêtes et transparentes, elles se doivent de renouveler le personnel politique sous la seule bénédiction du peuple. Avec la séparation des pouvoirs, la laïcité, le respect des droits fondamentaux de la personne humaine…, elles forment les caractéristiques intrinsèques de la démocratie contemporaine.

Toute cette construction encore fragile forgée au fer rouge dans l’os et le sang des victimes de la dictature duvaliériste risque de partir en fumée si le plan machiavélique d’un autre temps du commandant en chef venait à se matérialiser. Car, diriger par décret en Haïti est une curiosité institutionnelle confiant les rênes du pouvoir législatif entre les mains de l’exécutif.

Pour quelqu’un élevant l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier, accusé de crimes contre l’humanité, mort sans avoir expié ses crimes non jugés*, au rang de fils digne de la patrie, cette occasion serait unique pour étancher sa soif de diriger, affranchi de la laisse gênante du Parlement. Avec un pouvoir judiciaire dont l’indépendance est aussi rigide que la tige d’un roseau, c’est notre place même dans le rang des nations civilisées qui s’en trouve menacée.

L’heure est donc grave. Le monstre du totalitarisme a pris un coup sévère en 1987**. Mais il n’en est pas mort. Ses blessures quoique profondes ont trouvé dans la nostalgie dictatoriale de ses partisans matière à rémission. Il rampe aujourd’hui vers nous. Et menace de tout renverser sur son passage. Allons nous laisser faire ?

* Il a même failli avoir des funérailles nationales n’était-ce les protestations des victimes et les pressions de la communauté internationale
** Année de la chute du dictateur Jean-Claude Duvalier