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La ville de Jérémie est mourante

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Basse ville – Jérémie

Entre les caresses de la brise matinale, le sifflement ensorcelant d’oiseaux aux mille couleurs virevoltant dans un ciel, dont les nuages, espiègles, concourent avec la mer pour ombrager et rafraîchir des journées d’ordinaire paisibles, celui qui a le privilège d’être né à Jérémie est plus proche d’Eden que de Port-au-Prince. Endimanchée au quotidien, la Cité des Poètes rougit encore d’être l’un des derniers coins verts d’Haïti. Si d’aventure on y ajoute ses délicieux « Konparèt » ou le plantureux « Tonm Tonm », mets régional, creuset d’une lente histoire de bravoure, d’audace et de triomphe, cette ville où jadis Etzer Vilaire, Émile Roumer et tant d’autres ont humé leurs inspirations serait sans prétention si de comparaisons elle renonçait à trouver sa siamoise sur cette île tourmentée.

J’y suis né ! Accident de parcours, certes. Mais toute naissance ne porte-t-elle pas en son sein les germes de l’attachement ? Les miens ont grandi, fleuri pour s’épanouir au même rythme que ma conscience et mon entendement. Sapere aude, « aie le courage de te servir de ton propre entendement » disait Kant dans son opuscule, « Qu’est-ce que les lumières ». À force d’être aveuglé par la scrutation amoureuse des feux célestes, j’ai donc appris à substituer par moment mon éblouissement à la raison critique. Pour passer de la naïveté contemplative à la réflexion salvatrice, de la poésie à l’engagement et mieux, des effluves verbaux à la tentation de l’acte, seul véritable moteur du changement. Continuer la lecture de La ville de Jérémie est mourante 

Non ! Donner aux pauvres n’encourage pas la mendicité

(c) pixabay com
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Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de rage. Cette assertion, sage et populaire, illustre parfaitement le poids des mots dans le façonnement du réel. La noyade du chien est d’abord sémantique et discursive avant d’être réelle et inhumaine. La mise à l’écart ici se situe à l’antichambre de l’irréparable. L’accusation, souvent infondée, est une licence accordée pour torturer, trucider et égorger. Tout ceci en se séparant de sa victime. Les mots dans ce cas construisent une frontière, une barrière protectrice de la bonne conscience, car le mal aime à s’inventer des raisons pour oublier sa déraison. Continuer la lecture de Non ! Donner aux pauvres n’encourage pas la mendicité