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François Hollande n’est pas un marchand d’armes

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Il a tenu tête. Mais il a finalement cédé. Le président français François Hollande a décidé de surseoir à la livraison à la Russie de deux porte-avions de type Mistral. Cette nouvelle qui réjouit des alliés européens (la Pologne entre autres) et les États-Unis a provoqué assurément l’ire de Moscou et d’une partie de l’opposition française. Le Front de gauche a même publié un communiqué assassin : 1, 2 milliard d’euros ne devraient pas partir en fumée à cause d’un conflit ukrainien dont nous ne sommes acteurs que par notre alignement diplomatique sur les Etats-Unis, notre adhésion à l’Otan et le fait qu’on soit membre de l’Union européenne semble vouloir dire le parti de Jean-Luc Mélenchon.

Pour une fois, je vais faire une infidélité à mes sensibilités et soutenir le président français. Sans entrer dans les détails du conflit,  j’estime que la décision de M. Hollande est risquée, mais juste pour au moins deux raisons.

1- Depuis le début du conflit opposant la Russie à l’Ukraine, par ricochet, le Kremlin et les puissances occidentales avec un arrière goût rance de guerre froide, M. Hollande a choisi de faire front commun avec les Etats-Unis dont les tensions avec la Russie dépassent largement le cadre de l’Ukraine. Ainsi donc, en menaçant de ne pas livrer, le président français a choisi de mettre un terme (momentané) à un double langage qui consiste à s’insurger avec véhémence d’un côté contre les violations du droit international et de faire du business de l’autre avec l’instigateur de ces supposées violations.

2- Contrairement au Front de gauche, je ne pense pas que la France soit un marchand fiable d’équipement militaire. Elle ne devrait pas l’être. Ce grand pays ne peut se confiner au rôle de pourvoyeur d’armes à n’importe qui et quel que soit le contexte diplomatique. Il est astreint par sa place dans la lutte géopolitique au respect de ses valeurs et de ses lois en toute matière. Si j’ai des réserves sur les relations enflammées, tissées avec le voisin russe qui pourraient être, de mon point de vue, plus nuancées, la position choisie par François Hollande dans ce conflit rend inconfortable la livraison par la France de porte-avions.

Compte tenu de la situation  interne en France où la cote de popularité du président est au plus bas et de l’intransigeance du Kremlin, le pari est risqué. M. Hollande mise sur la bonne volonté de Poutine afin d’esquisser une réelle désescalade et créer du même coup un climat diplomatique favorable au règlement du contrat. Rien de moins sûr. Sans apaisement, même apparent, la France ne livrera pas et prêtera le flanc en ces temps de crise à des amendes pour se trouver au final avec deux joujoux en trop sur le bras. La situation n’est pas inédite. Il va falloir les trouver un preneur. Chose difficile, mais François Hollande a fait choix de la cohérence au lieu d’être un vulgaire marchand d’armes. S’agit-il d’un mauvais signal pour les affaires ? Evidemment !