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Le sexe comme SOS

Jeune etudiante prostituee
(c) matchachocolat.blogspot.com

Quand le corps se fait marchandise et qu’il ouvre l’accès au marché saturé du travail, la gêne devient un fardeau encombrant dont la conscience a vite fait de s’alléger. Que de pages ont été noircies de la détresse des jeunes filles haïtiennes sans éclaircir leur quotidien et encore moins leur futur ! Famine. Misère. Asservissement. Grossesse précoce. Accès limité au système éducatif. Dans la tempête de leurs calamités, les moments d’apaisement sont aussi rares que la vérité sortant de la bouche des politiciens.

Grande a été la déception pour un certain nombre de ces jeunes filles après avoir héroïquement gravi les marches de l’éducation de base. Arrivées aux portes de l’université, elles ont assisté, impuissantes à l’écroulement de leurs espoirs d’émancipation et de mobilité économique. Elles avaient pourtant passé des années à assimiler des notions présentées comme salvatrices. Sans soutien dans la diaspora, sans l’obtention de bourses,  sans l’aide d’amis désintéressés ou de familles proches en mesure de payer, certaines ont capitulé, contraintes de revoir à la baisse leurs exigences professionnelles et de vie.

D’autres ont bâillonné leur dignité et tiré parti de leur jeunesse. La mort dans l’âme, elles s’offrent sans retenue au premier venu, à des détraqués sexuels avec un portefeuille bien garni,  promettant d’acquitter leurs frais de scolarité. Les parents, souvent en milieu rural, feignent de ne rien savoir et mâchent l’humiliation les dents serrées.

Le sexe pour ces filles n’est pas une fin, mais un moyen ! Un moyen de s’extirper avec les leurs de l’indigence érigée en instrument d’aliénation, de domination et d’abrutissement. Un moyen de refuser que l’horizon du possible soit ce spectacle désolant de l’assistanat et de l’humanitaire institué officieusement comme politique économique.

Devenir esclave pour se libérer : tel est le sort de ces étudiantes et jeunes professionnelles amenées à troquer leur fierté contre l’espérance d’un meilleur lendemain. Dans ce pays où penser à la primauté de l’intérêt général est l’exception et l’asservissement des ressources de l’État à des fins privées reste la règle, qui entendra les plaintes de ces victimes ? Qui de ce SOS fera un motif d’action pour que l’accès aux études supérieures soit accessible à moindre coût au plus grand nombre ? Qui instituera la gratuité de l’université pour les jeunes filles prometteuses ? Comment contribuer à créer des emplois décents afin que dès la fin de leurs études universitaires elles puissent travailler en Haïti? Beaucoup d’interrogations, mais peu d’initiatives crédibles jusqu’à présent.

La prostitution, métier ou esclavage ?

(c) theprisma.co.uk
(c) theprisma.co.uk

Une femme a un jour répliqué à Jean-Luc Mélenchon* qui se demandait si l’abolition de la prostitution était ou non une position juste : « Pour répondre à ta question, demande toi si tu proposerais la prostitution comme métier à ta compagne, ta mère, ou ta fille ? Oui ou non ? Pourquoi ce dont tu ne voudrais en aucun cas pour les tiens le proposerais tu aux autres ?

A la manière d’un politicien, j’ai longtemps enrichi mes propos de nuances et bâti des stratégies astucieuses pour ne pas avoir à me prononcer sur la prostitution. Ma retenue était aussi nourrie par le désir de ne pas changer d’avis si en aval, mes réflexions me conduisaient à prendre une position contraire. Craignant l’usure, j’ai toujours préservé jalousement mon « droit de me contredire ».

La repartie de cette dame a interpellé en moi des convictions aussi profondes que fondamentales. Non. Jamais je ne proposerais la prostitution à quiconque. Encore moins à mes proches. Non, définitivement pour moi, la prostitution ne peut être un métier « normal ».

Être amené a l’extrémité qui consiste à monnayer son corps est pour l’humaniste que je suis d’une violence insoutenable**. La détresse qui caractérise ces rapports sexuels « tarifés » exclut l’exercice de toute liberté. Des prostitués*** en situation économique délicate ne se tournent vers le plus vieux métier du monde que par la contrainte et l’échec d’un système politique qui n’a pas su leur offrir d’alternatives viables.

Que dire de celles ou de ceux qui s’y livrent par subversion ?

Certaines femmes, c’est d’ailleurs une thèse soutenue par quelques féministes, feraient de la prostitution pour se rebeller. Prendre leurs revanches sur une société policée contraignant la femme dans ses choix même les plus intimes. De là, je me demande comment peut-on rester maître de son corps tout monnayant son usage ? En quoi est-ce que l’objetisation du corps humain en « gadget sexuel » est-elle conforme à l’idéal d’émancipation féministe ?

On se targue souvent d’être libre quand les ficelles de nos actions sont invisiblement tirées par des mécanismes complexes qui nous échappent. On pétarade de la possession d’un vent. Comme l’a dit le poète Souleymane Diamanka, faire l’amour, c’est ne plus ressentir la différence entre donner et prendre du plaisir. Dans la prostitution il n’y a pas cet aller-retour. Il n’y a qu’égoïsme et traumatisme contre argent. Peut-on en toute bonne foi appeler cela travailler ?

* Personnage politique français
** J’aurai à clarifier ma pensée prochainement, notamment en ce qui consiste à savoir s’il faut ou non protéger les dits travailleurs (ses) du sexe.
*** Homme ou femme