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Tatouage en Haïti : entre indélébilité et mortalité

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Haïti se laisse absorber progressivement par l’attraction de l’encre de Chine. Tout un chacun connaît dans son entourage immédiat tel quidam arborant fièrement son dernier tatouage. Un travail d’acceptation a parallèlement été réalisé dans la dernière décennie, un peu grâce à la constante agression culturelle occidentale, afin de normaliser ces petits dessins souvent à l’encre verte sur peau basanée.

Pourtant, les risques liés à cette entreprise sont assez méconnus de la majeure partie des citoyens. De plus, malgré la banalisation de cet acte grave, aucune autorité étatique, ou le ministère de la Santé publique et de la population n’a jugé nécessaire de mener une campagne de sensibilisation afin d’aviser et d’encadrer cette pratique.

L’indélébilité du geste

Faire un tatoo devrait être une décision mûrement réfléchie du fait de la quasi-irréversibilité de l’action. Malheureusement, par manque d’information, nombreux sont ceux qui vont se peindre un motif le jour pour le regretter la nuit. D’autant plus que les hôpitaux s’adonnant à l’effacement des tatouages, au laser le plus souvent, le font à un prix inaccessible au citoyen lambda et se situent pour la plupart en République voisine. De quoi compliquer et même rendre impossible pour certains la correction d’une erreur de jugement ou de jeunesse. Je connais une jeune fille qui s’est fait marquer le nom de son copain bien en vue sur son bassin. Elle s’est trouvée dans l’embarras quand cet homme l’a délaissée un peu plus tard.

Non-différenciation entre mineurs majeurs

Tout comme l’enfant de 12 ans peut s’acheter sans restriction aucune de l’alcool ou des cigarettes, du fait de la non-réglementation stratégique ou criminelle du secteur, il peut aussi, a priori, se faire marquer à l’encre indélébile. Quitte à supporter le restant de ses jours le poids d’une décision dont il n’a pas mesuré les implications.

Les piètres conditions sanitaires

Les risques de transmission de maladies, entre autres, sexuellement transmissibles lors des séances de tatouage sont également peu connus. Les tatoueurs, n’ayant reçu aucune formation sanitaire ou même artistique, exercent souvent dans un environnement non stérilisé et sont rarement conscients du danger que fait courir à la santé des gens leur légèreté.

Si à la capitale, Port-au-Prince, les salons qui brillent par leur professionnalisme peuvent se compter sur les doigts de la main, tatouer en Haïti reste un acte aux conséquences périlleuses. À l’ombre des risques et la tentation de l’éternité de l’instant, gravez messieurs dames, vos vies, envies et divinités sur votre peau. À vos risques et périls !