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Tremblement de terre et amnésie collective

Le palais national apres le seisme - (c) IciTF1
Le palais national après le séisme – (c) IciTF1

Cinq ans depuis qu’un cataclysme sans précédent dans l’histoire récente du pays a emporté dans un magma de poussière, de sang et de débris plus de 250 000 Haïtiens.

Les mots n’ont jamais été aussi insignifiants que quand il s’agit de les placer en ces circonstances sur la détresse et la souffrance humaine qui s’en est suivie. Ni pour décrire, l’hymne à l’humain, dépassant les clivages idéologiques, économiques et sociaux qui se sont élevés des profondeurs de la terre ébranlée. En cet après-midi, les pauvres ont tendu la main aux riches et ensemble, ils ont pleuré leurs morts sous les tentes.

Le panorama était pourtant trop beau pour que le mauvais temps n’y mette son grain de sel. Cinq ans après il ne reste de ce merveilleux festin solidaire que les miettes du quotidien traditionnel fait d’égoïsme, d’individualisme à outrance et de dictature de ses intérêts personnels au détriment du bien commun.

Nous sommes tous Haïtiens s’est esquivé pour faire place au Nous sommes tous Philippins qui lui aussi a été évincé au profit d’un #bringbackourgirls ou au plus récent, nous sommes tous Charlie Hebdo. La communauté internationale shootée à l’émotion rapide ne s’embarrasse pas des débours que nécessite l’engagement réel sur le long terme.

Mais plus sidérant encore, c’est le comportement de l’élite dirigeante haïtienne qui n’a toujours pas tiré les leçons qu’il faut de ce tremblement de terre du 12 janvier 2010. Les lanceurs d’alerte sont toujours méprisés, la reconstruction se jette dans le réconfort de l’amateurisme, l’économie reste exsangue, l’État de droit vilipendé et les politiciens perchés dans leur tour d’ivoire et discours étriqués embourbés dans la corruption.

La contemplation du passé, fût-il glorieux, ne doit jamais conduire à l’économie des responsabilités du présent et des devoirs face à l’avenir. Haïti n’est pas exceptionnelle. En ce sens qu’il est astreint pour se développer aux rigueurs et exigences contemporaines.

Sans l’éducation, la démocratie, la démarche scientifique notamment dans la sphère politique, les droits de l’homme et libertés fondamentales, le renforcement de l’économie et l’utilisation rationnelle des ressources disponibles, la redistribution de la richesse au profit du plus grand nombre, sans crier haro sur le clientélisme et l’incompétence, nous pourrons toujours inventer des slogans et scénariser notre pantomime de la misère face aux pays amis en quête de soutien, mais jamais, le pays ne pourra siéger au rang des nations développées.

Mgr Chibly Langlois, premier cardinal haitien

LangloisOn pleurait nos morts quand la nouvelle est tombée. 12 janvier. Cette date à jamais devrait rester un moment de recueillement. Mais pas que ça. Il nous faut aussi tirer les obligatoires leçons de nos erreurs passées. Pourquoi en moins d’une minute, 300000 vies comme par un sortilège se sont envolées, disparues dans un nuage incohérent de cendre, de poussière et de sang? C’est là qu’il nous faut commencer la réflexion. Trêve de tergiversation et de formules soporifiques. De pèlerinages médiatiques présomptueux contrastant avec le marasme ambiant et le quotidien indigent de la population. Depuis quand le discours politique pouvait-il changer le réel ? Le réel haïtien ? Qui le comprendra de toute façon ? Les belles paroles catalysées par de longues années d’études dans les plus grandes universités n’ont pas la vertu simple, mais pourtant nécessaire, de remplir les ventres affamés d’une population aux abois. Désabusée. Quatre ans après le séisme, on est encore au point de départ. On a enlevé çà et là quelques débris, planté nonchalamment quelques édifices. Épars. Sans but. On ne peut plus continuer comme ça. À outrageusement utiliser ce côté angélique du peuple qui explique, encore, les phénomènes naturels par le mystique. Gouverner doit pouvoir dire plus que retarder son passage de quelques jours dans le merveilleux monde des primes, hôtels, restaurants et voyages sur le dos du contribuable. Sur la misère. Silence.

12 janvier 2014 devient doublement historique. Deux faces d’une même médaille. Une poussiéreuse et ensanglantée, l’autre mémorable, reluisante d’espoir. Espoir, c’est justement ce que nous donne le pape François en nommant pour la première fois depuis toujours un cardinal haïtien. Chibly Langlois. Justice est faite d’un côté, attendons pour l’autre. Espérons que ce ne sera pas… éternellement.