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Haïti ou la tutelle (à peine) dissimulée

Militaire americains a Haiti - (c) lepoint
Militaire americains a Haiti – (c) lepoint

L’envie me prend d’imaginer, le temps d’une seconde, la réaction de la France et de ses médias, après qu’un ambassadeur américain, à un moment crucial de la vie nationale aurait foulé le sol de l’Assemblée nationale avec fracas. Tout ceci à grand renfort d’injonctions aux parlementaires  : « Restez-là! Ne vous déplacez pas. NOUS allons trouver une solution dans 30 minutes ».

Quel scandale! Quelle honte. La fierté nationale et l’âme français seraient proclamées en ces moments d’ingérences à grands renforts de manifestations saupoudrées de grandiloquentes déclarations les unes plus lyriques que les autres. J’imagine Jean Luc Mélenchon, je me représente Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy ou François Hollande.

Cette scène surréaliste s’est effectivement déroulée. Évidemment pas dans un grand pays comme la France mais à Haïti, dans la nuit du 11 janvier 2014. Cette île tumultueuse où la lutte fratricide, souvent mise en scène et toujours arbitrée par les intérêts de quelques puissants pays, a élu domicile.

Cette déclaration de la représentante des États-Unis en Haïti madame Pamela White à des parlementaires appelés à trouver une dernière solution à la crise électorale que traverse le pays depuis plus de 3 ans concentre en elle seule la teneur des rapports tissés par Haïti et ses bienfaiteurs grands amis depuis des décennies. Arrogante paternalisme et diktats des ambassades.

Cela dit, l’indépendance de pays émancipés du joug de l’esclavagisme est souvent un épouvantail brandi par des nationalistes exacerbés déconnectés du réel des enjeux et luttes d’influences économiques et géopolitiques. Ou par les pourfendeurs de la souveraineté sacrifiée afin de se sauver la face devant l‘incompatibilité manifeste de leurs déclarations et de leurs actes.

Cet ingérence est souvent justifiée, comme c’est le cas d’Haiti, par la pauvreté et l’extrême l’instabilité politique. En effet, depuis cette nuit du 11 au 12 janvier, constitutionnellement, il n’existe plus de Parlement dans le pays faute d’accord entre les protagonistes. L’exécutif, symbolisé par le président de la République M. Michel Martelly peut, comme son prédécesseur M. René Préval en 1991 diriger par décret.

Si comme tout haïtien, je suis choqué et indigné de cet affront fait au droit à l’autodétermination de tout peuple, de la violation effrontée et répétée de la constitution par ceux placés pour la défendre, de la concentration de fait entre les mains d’un seul homme de pouvoirs immenses, que l’émotion ne nous prive d’une lecture rationnelle de la conjoncture : la responsabilité de cette situation macabre est partagée ! D’abord entre des dirigeants aveuglés soit par leurs rigidités suicidaires ou leurs petits calculs politiciennes et la population qui s’obstine à porter au pouvoir des irresponsables.