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Haïti : L’Université Publique du Sud aux Cayes à l’agonie

Etudiants en greve
Etudiants en greve

C’est pour tenter de répondre à la demande de formation universitaire de plus de 40.000 jeunes qui terminent chaque année leurs études classiques en Haïti que le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) décida de créer le 7 novembre 1999 aux Cayes le Centre d’Enseignement supérieur technologique (CEST). En 2006, avec le même objectif, mais aussi afin de décentraliser le système d’enseignement supérieur et de former des professionnels et des chercheurs à même de contribuer au développement intégral des régions, il commença à créer des Universités Publiques en Région en transformant le CEST en Université Publique du Sud aux Cayes (UPSAC). En janvier 2007, l’Université Publique de l’Artibonite aux Gonaïves (UPAG) fut créée. Puis, ce fut le tour, en octobre 2007, de L’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH) et, en octobre 2011, de l’Université Publique du Sud-Est à Jacmel (UPSEJ).

Un processus d’harmonisation, de consolidation et d’extension du réseau des UPR a été entamé par le MENFP dans le cadre de son plan opérationnel (2010-2015) pour la reconstruction du système éducatif haïtien après le séisme du 12 janvier 2010. Ainsi, l’Université Publique du Nord-Ouest à Port-de-Paix et l’Université Publique du Centre à Hinche et à Mirebalais ouvrirent leurs portes en janvier 2013. Enfin, les préparatifs pour l’ouverture prochaine de l’Université Publique des Nippes, l’Université Publique de la Grand‘Anse et l’Université Publique du Nord-est à Fort-Liberté sont en cours.

En plus d’une faculté des sciences de l’éducation et d’une faculté des sciences administratives, l’Université Publique des Gonaïves a une Faculté des Sciences infirmières ; celle du Cap-Haitien une École Supérieure de Tourisme ; celles de Hinche et de Jacmel une faculté d’agronomie.

Cela dit, l’université publique du Sud aux Cayes (UPSAC) traverse au moins depuis le 5 novembre 2013 une grave crise institutionnelle. Une affaire de double poste administratif dans la fonction publique donc, de doubles chèques, a mis le feu aux poudres d’une administration décriée, corrompue jusqu’à la moelle selon ses contempteurs, dont des doyens de facultés, en poste à l’époque, des professeurs et de l’administrateur. Il n’en fallait pas plus pour que les étudiants crient au scandale et réclament dans la foulée la démission du prêtre-recteur et de meilleures conditions d’apprentissage. Ils exigeaient aussi la mise à disposition de l’institution de son propre local. La totalité des UPR n’est pas pourvue de campus. Bien que des démarches aient été entreprises sous l’ancienne administration, l’UPSAC fonctionne toujours au local du lycée Claudy Museau, un espace par moment rongé par l’insalubrité disposant de faibles infrastructures sanitaires.

Entre les tractations, les notes de presse, les interviews télévisées, l’indifférence des autorités et de la société civile, la crise s’envenimait et empiétait progressivement sur le temps d’apprentissage de l’année académique. Les étudiants ont pris le béton et bloqué la route nationale numéro II dans l’après-midi du 7 janvier 2014. Quelques jours plus tard, le recteur annonçait sa démission sur une radio de la capitale. On apprendra par la suite qu’il fut muté à la tête d’une autre université publique.

Etudiants a la Tele
Etudiants a la Tele

Depuis lors, les manques et faiblesses de l’institution se sont amplifiés. La parade du gouvernement n’a en fait rien résolu. Après quasiment trois mois de paralysie totale des activités, un comité de 5 membres sans réel pouvoir, n’ayant même pas été installé officiellement, est constitué afin de liquider les affaires courantes en attendant la nomination d’un recteur. Une nomination qui fait encore languir milliers d’étudiants et les dizaines de professeurs et membres du personnel administratif dont certains n’ont pas reçu leurs salaires depuis le mois d’octobre 2013. Si ces derniers ont patienté et permis la réalisation de la première des deux sessions que comprend l’année académique déjà fort mitigée, ils ont cette semaine abandonné les salles de classe jusqu’à l’obtention de leurs chèques. Par conséquent, les examens de fin d’années prévus pour la mi-juillet sont prorogés et personne ne sait encore pour quand.

Tenant compte, entre autres, des lacunes inhérents aux bacheliers, du manque de qualification de certains professeurs appelés à enseigner dans les UPR, du budget dérisoire qui leur est alloué, de l’absence d’une loi-cadre fixant l’organisation de ces institutions, de l’inexistence d’un ministère des études supérieures, de la répétition des mêmes crises non résolues, on se doute bien que la lutte pour une décentralisation effective de la formation supérieure, mais aussi l’accès à tout citoyen au savoir « libérateur et élévateur » reste en Haïti un défi que les gouvernements successifs ont jusqu’ici malheureusement relégué au second plan devant l’urgence d’un quotidien anthropophage avec ses exigences plus pressentes dont l’alimentation et le logement. Ainsi, va-t-il falloir que l’administration en place passe des paroles aux actes pour que les étudiants de l’UPSAC et des autres UPR en crise cessent d’assister résignés et impuissants au spectacle lamentable des semaines qui s’égrènent lentement et les salles de cours remplis d’intelligences avides de savoirs, mais vides de professeurs.