Archives du mot-clé Widlore Mérancourt

Sur le prix du jeune journaliste haitien de l’OIF

J’ai été agréablement surpris d’apprendre dans la soirée de jeudi 22 septembre que j’étais le lauréat du « Prix du jeune journaliste haïtien » de l’Organisation Internationale de la Francophonie (Catégorie : Presse écrite). 

14432953_10205655790074314_756588901237697629_n

En premier lieu, on est foudroyé par la nouvelle. Dans un bref moment de félicité, on se sent soulevé de terre, on flotte et on nage dans le bonheur le plus simple et le plus complet.

Puis, on se rappelle son mouvement originel de ne pas participer à ce concours. Doucement, remontent à la surface ces raisons logiques, sensées et froides qui ont entravé une décision tardive, mais aujourd’hui récompensée.

Évidemment on se sent honoré d’être aux côté de ces cinq jeunes qui, à l’aube de leurs carrières, éclaircissent déjà l’horizon de l’information responsable en Haïti.

On se sent surtout estimé d’être parmi la cinquantaine d’autres participants qui partagent cette vision d’une presse éthique, plurielle, moderne, intelligente et démocratique.

Mais qu’est-ce qu’un concours, sinon que la « photographie d’un moment» dans le travail, dans la carrière d’un ouvrier ? Comment restituer en un texte un quotidien, une vie dévouée au service de la parole juste et utile ? Le mérite n’est-il pas aussi et surtout dans la constance, l’honnêteté et l’engagement de tous les participants à démêler un présent toujours plus complexe, à inspirer les décisions éclairées ?

Et vient le calme. On s’explique qu’à travers soi, c’est une conception, un idéal, un désir de réforme qu’on met en avant. On comprend que cette reconnaissance n’est pas un aboutissement pour nous qui avons encore l’horizon brumeux à affronter. On prend conscience que ce prix du « Jeune journaliste en Haïti » de l’OIF n’est pas un bien, ni même une distinction, mais une injonction, une perche tendue à cette jeunesse insoumise, à cette génération qui veut saisir son avenir par les brides et l’orienter vers des lendemains fleuris et bienheureux.

Et l’on sourit à la responsabilité. Tel le manœuvrier exalté par l’immensité de la tâche, on considère l’obligation de porter maintenant, demain et après les idéaux de la francophonie, une façon de voir le monde, de s’y inscrire et de forger son destin personnel et collectif.

Puis on flotte à nouveau… pour nager dans le bonheur le plus simple, le plus complet qui soit.

Bloguer, c’est dangereux

blogguer_mondoblog_encrier_widlore_merancourt

Bloguer est une activité délicate. Étaler ses opinions c’est tenter de penser dans un monde qui ne pense plus. Un monde impatient, pressé, qui dans la course à sa perte se heurte, au détour d’un clic, à l’implacable lucidité d’une phrase sensée, d’un billet pensé.

Bloguer est aussi délicat parce qu’il enseigne l’humilité. Plus on écrit, plus on lit, moins on devrait avoir de certitudes et reconnaître la pâleur de sa propre parole devant l’immensité et la complexité du réel.

Pour ma 100e publication depuis octobre 2013 sur Mondoblog, j’ai au moins tiré cet enseignement : être lent au clavier ! de sorte que le billet « posté » devienne la preuve d’un élan sur l’ignorance, le témoignage vivant d’un dépassement, d’un accomplissement… même provisoire.

Joyeux 100e billet à Encrier, le blog de Widlore Mérancourt.

Merci de continuer à me lire.

Le français menace-t-il le créole ?

La délégation haïtienne au Forum Mondial de la Francophonie. Photo : Didier Diempi Gabiam
La délégation haïtienne au Forum mondial de la Francophonie. Photo : Didier Diempi Gabiam

« Dans le jardin, les fleurs sont multiples mais l’eau est une. » Cette phrase aux allures de mantra d’Abd Al Malik pourrait bien résumer le Forum mondial de la Francophonie. Organisé dans la magnifique ville de Liège (Belgique) du 20 au 23 juillet cette année, il a été le prétexte pour réunir des jeunes créatifs du monde entier autour de la langue française.

Étant porteur de projet, j’y ai rencontré 4 autres compatriotes haïtiens qui à eux tous n’ont pas pu m’empêcher de me perdre avec plaisir dans les labyrinthes de la ville.

Le jour avant notre départ, j’ai improvisé avec eux une petite émission, Place Saint-Lambert. En droite ligne avec l’actualité en Haïti, je leur ai demandé si le français représente une menace pour le créole.

Le problème est complexe et les façons de l’aborder sont multiples. Selon Sandy Antoine, la « diabolisation du français » vient d’un retournement de l’histoire. Ayant pendant longtemps catégorisé le français comme langue d’élite, maintenant, les gens commencent à s’élever contre cet héritage.

Pour Qualito Estimé, « dans le contexte mondial aujourd’hui, aucune langue ne peut représenter une menace pour une autre langue ». Il salue les différents travaux effectués pour standardiser la langue notamment la récente création de l’Académie créole. Manus Fleury souligne lui comment la pluralité des cultures est bénéfique pour la diversité.

Journaliste spécialiste des questions culturelles, Vincent Meem Shoomeatove avance que les créolophones devraient plutôt tirer leçon de la francophonie et lance l’idée d’un festival ou d’un « Forum mondial du Créole ».

Je vous invite à découvrir l’entrevue tournée sur « Place Saint-Lambert » à Liège. Je remercie le Liégeois Didier Diempi Gabiam dont la sympathie et « l’amateurisme » très professionnel ont permis la réalisation de cette vidéo.